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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303156

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303156

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023, Mme D A B, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "étudiant", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Tchad comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle fait preuve de cohérence et d'assiduité dans la poursuite de ses études ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, en raison de sa tardiveté ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les observations de Me Homehr, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A B, ressortissante tchadienne, née le 4 novembre 1998, est entrée en France le 2 octobre 2020, sous couvert d'un visa long séjour étudiant, en vigueur jusqu'au 24 septembre 2021. Elle a formulé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 3 juillet 2023. Par arrêté du 16 août 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Tchad comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Somme a donné à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, délégation à l'effet de signer notamment toutes les décisions de tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ".

4. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, le préfet s'est fondé sur le défaut de caractère sérieux des études suivies par Mme A B. Cette dernière est entrée en France le 2 octobre 2020, où elle a suivi des enseignements en tant qu'auditrice libre à l'université de Strasbourg, obtenu un diplôme universitaire " gestion des conflits, médiation et interculturalité ", qui est une formation initiale en droit, au sein de l'université catholique de Lyon, au cours de l'année universitaire suivante, puis a validé, durant l'année universitaire 2022/2023, une partie des crédits de première année de master en droit public au sein de l'université de Picardie Jules Verne, dont la doyenne a par ailleurs attesté de l'assiduité de l'intéressée. A supposer que le motif retenu par le préfet soit erroné, ce dernier soutient par ailleurs que Mme A B ne justifiait pas d'un visa, de sorte qu'il ne pouvait lui octroyer le titre de séjour demandé. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B est entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour, document qui a expiré le 24 septembre 2021. La demande de renouvellement de titre de séjour étudiant, qu'elle a formulée le 3 juillet 2023, alors qu'elle ne justifiait, à cette date, d'aucun titre de séjour, doit ainsi être considérée comme une première demande de titre de séjour. Par suite, Mme A B, qui était démunie de visa à la date de sa demande, ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour et le préfet était fondé, pour ce seul motif, à refuser de lui délivrer le titre demandé. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent, la requérante, qui, au surplus, n'assortit son moyen d'aucune précision, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Somme et tirée de la tardiveté de la requête, que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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