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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303211

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303211

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantZARROUK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 25 septembre,

21 octobre et 8 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Zarrouk, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2023 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "vie privée et familiale", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- les décisions de refus de titre et d'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur d'appréciation, compte tenu de la scolarisation de ses enfants et de l'état de santé de son fils ;

- elles portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'elles auront des conséquences graves sur la santé de son fils, ainsi que sur la scolarité de ses filles, dont l'une, qui née en France, sera éligible à la nationalité française en septembre 2024 ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur un refus de titre illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2023, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les observations de Me Zarrouk, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 20 février 1972, est entré en France le 24 octobre 2022, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 9 mars 2023, il a formulé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'état de santé de son fils. Par un arrêté du 22 août 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Aisne a donné délégation à M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de l'Aisne à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, le refus de délivrance de titre de séjour qui a été opposé à M. B vise les dispositions internationales, légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et précise notamment qu'il résulte de l'avis rendu le 18 juillet 2023 par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration que l'état de santé du fils de M. B, dont ce dernier se prévalait à l'appui de sa demande, d'une part, ne nécessite pas de suivre des soins dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, que l'enfant peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Le préfet de l'Aisne s'est approprié cet avis, en relevant l'absence d'élément de nature à le contredire, dans le respect du secret médical, et a estimé que l'intéressé ne démontrait pas relever du champ d'application des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le droit au séjour est insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois () / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le fils du requérant est atteint de troubles envahissants du développement, touchant le langage, le relationnel, l'autonomie et les acquisitions scolaires, nécessitant une prise en charge psychologique, orthophonique et en psychomotricité au long cours, avec un étayage éducatif. Le requérant se prévaut, au soutien de ses conclusions, d'une part, de plusieurs pièces démontrant la progression des résultats scolaires et comportementaux de son fils depuis la mise en place d'un accompagnement adapté dans son milieu scolaire et, d'autre part, d'une attestation d'un médecin généraliste en santé publique, inspecteur divisionnaire de la santé publique en Tunisie, aux termes de laquelle les personnels de santé qualifiés en ergothérapie et les médecins spécialisés en neurologie et pédopsychiatrie font défaut dans la région de Tatatouine, ainsi que d'une attestation du ministère tunisien de l'éducation selon laquelle le dispositif scolaire dont bénéficie cet enfant en France n'existe pas de manière identique en Tunisie. Ces différentes pièces ne sont toutefois pas de nature à remettre en cause l'avis du 18 juillet 2023 par lequel le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a conclu que l'état de santé de cet enfant nécessite une prise en charge, dont l'absence ne devrait pas entraîner de conséquences d'une particulière gravité. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté qu'il conteste méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et

L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

6. En quatrième lieu, il est constant que M. B est entré en France pour la dernière fois le 24 octobre 2022, sous couvert d'un visa de court séjour expirant le 9 juin 2023, et ne justifie pas de la régularité de sa situation sur le territoire français depuis cette dernière date. Il ne conteste pas que son épouse, qui est une compatriote, se trouve également en situation irrégulière. Par ailleurs, s'il fait valoir la création en France d'une entreprise dont il est le président, il ne justifie de la perception de revenus réguliers ou au moins équivalents au salaire minimum interprofessionnel de croissance ni au titre de l'activité de cette société, ni au titre d'un autre emploi. En outre, alors même que son fils et sa fille aînée sont scolarisés en France depuis le mois de janvier 2021, il n'est pas sérieusement contesté que ceux-ci pourraient poursuivre leur scolarité en Tunisie. Enfin, la circonstance que sa fille cadette serait éligible à l'obtention de la nationalité française en septembre 2024, qui n'est au demeurant pas sérieusement établie, M. B se bornant à se prévaloir, concernant cette dernière, d'une attestation de scolarité pour l'année scolaire 2018/2019, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux, dès lors que, en tout état de cause, une telle obtention n'est pas de droit. Dans ces conditions, l'intéressé, qui ne justifie pas, en se bornant à produire les attestations de voisins, d'une intégration d'une particulière intensité en France et dont la cellule familiale peut se reconstituer en Tunisie, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.

7. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Il ressort des éléments exposés précédemment, d'une part, qu'il n'est pas établi que le fils de M. B ne pourrait pas bénéficier en Tunisie d'un suivi adapté à son état de santé et, d'autre part, que les enfants de l'intéressé peuvent poursuivre leur scolarité en Tunisie, pays dont ils ont la nationalité et où ils ont vocation, compte tenu de leurs âges respectifs, à accompagner leurs parents. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de l'Aisne aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.

9. En sixième lieu, il ne ressort pas des éléments de la situation de M. B que le préfet de l'Aisne aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

10. En dernier lieu, M. B, qui n'a pas démontré l'illégalité de la décision lui refusant le droit au séjour, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale, par voie d'exception.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Demurger, présidente,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

La présidente,

signé

F. Demurger

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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