mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303215 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LEFEVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 septembre et 19 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Burkina Faso comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'elle ne mentionne pas son projet professionnel ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que la réalité de sa situation n'a pas été prise en considération ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que sa demande de titre de séjour est présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que ces dispositions le dispensent d'un visa de long séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard des conditions posées par l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur un refus de titre de séjour illégal ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
S'agissant de la fixation du pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il est exposé à des risques qui l'ont conduit, à deux reprises, à fuir le Burkina Faso, seul pays de destination envisageable par l'effet de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français contenue dans l'arrêté litigieux ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne fixe pas de durée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, compte tenu de l'état de guerre civile existant au Burkina Faso.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
20 septembre 2023.
Par ordonnance du 2 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2023, à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les observations de Me Lefevre, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant burkinabé né le 17 avril 1977, déclare être entré en France le 7 septembre 2019. Le 6 mars 2023, il a formulé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 20 juin 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Burkina Faso comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. A vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, notamment les articles
L. 435-2 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, en se bornant à se prévaloir de la lettre envoyée au soutien de sa demande de titre de séjour, aux termes de laquelle il aurait écrit au responsable de la communauté Emmaüs de Rozières-sur-Crise qu'il souhaitait devenir responsable de communauté, sans toutefois produire ce courrier, ni la réponse éventuelle à ce courrier, M. A, dont le rapport de situation rédigé par l'organisme au sein duquel il est accueilli ne mentionne pas davantage une telle perspective d'embauche, ne justifie pas de la réalité du projet professionnel dont il se prévaut. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le droit au séjour est insuffisamment motivée, ni qu'elle serait entachée d'une erreur de fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a relevé que M. A présentait une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de compagnon d'Emmaüs et a retenu, pour refuser le titre de séjour sollicité, l'absence de perspective d'intégration professionnelle de l'intéressé, et non l'absence de détention d'un visa de long séjour. Par suite,
M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en ne se prononçant pas sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 3 du présent jugement, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, que le demandeur ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
6. Si M. A soutient être entré en France le 7 septembre 2019, sans toutefois pouvoir l'établir, il ressort des pièces du dossier qu'il est accueilli au sein de la communauté Emmaüs de Soissons depuis le 2 octobre 2019 en qualité de compagnon. Il ressort par ailleurs notamment de la décision attaquée que l'activité qu'il exerce au sein de cette communauté depuis son accueil, soit plus de trois ans au jour de la décision attaquée, présente un caractère réel et sérieux. Toutefois, et ainsi que cela a été exposé au point 2 du présent jugement, M. A ne justifie pas sérieusement l'existence d'un projet professionnel. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France de quatre de ses frères et sœurs, sans cependant l'établir, il ne conteste pas que son épouse et leurs deux enfants vivent en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.
7. En quatrième lieu, M. A, qui ne démontre pas l'illégalité du refus de titre de séjour, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception.
8. En cinquième lieu, compte tenu des éléments de la situation de M. A exposés au point 6 du présent jugement, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
9. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
10. Il ne ressort pas de la décision attaquée d'élément de motivation propre à la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A, dont la durée n'est, au surplus, pas précisée. Par suite, il y a lieu d'annuler cette décision, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre elle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué qu'en tant qu'il lui interdit de retourner sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français n'emporte aucune mesure d'exécution. En conséquence, les conclusions présentées par M. A à cet effet sont rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991..
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 20 juin 2023 du préfet de l'Aisne est annulé en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Demurger, présidente,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
La présidente,
signé
F. Demurger
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026