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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303292

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303292

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantVERDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 septembre et 10 octobre 2023,

Mme A B, représentée par Me Verdier, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 27 septembre 2023 du président de l'université de Picardie Jules Verne portant refus d'admission en première année de master mention droit privé ;

2°) d'enjoindre au président de l'université de Picardie Jules Verne de l'inscrire dans ce master à titre provisoire, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Picardie Jules Verne la somme de

2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie, dès lors qu'elle a déjà été retenue par une ordonnance du tribunal du 12 septembre 2023, et que la décision en litige fait obstacle à la poursuite de ses études, sa candidature n'ayant été admise dans aucune autre formation, alors que la rentrée est imminente et qu'elle est dans l'impossibilité de saisir le rectorat sur le site dédié au motif qu'elle a obtenu sa licence en 2020, ce qui n'est pas conforme au texte ;

- les effets directs de la décision sur sa situation sont incontestables dès lors qu'elle est empêchée de s'inscrire à l'université, alors même qu'elle a interrompu ses études à la suite de ses difficultés universitaires résultant d'une inscription tardive à l'université Paris 10 qui n'était pas de son fait, et qu'elle a souffert d'une grave dépression ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que la délibération par laquelle le conseil d'administration de l'université de Picardie Jules Verne a fixé les capacités d'accueil et les critères de sélection au master a fait l'objet d'une publication irrégulière, par une mise en ligne sur un site internet ne permettant pas l'accès aisé du public à cette délibération, et que la date de publication de cette délibération n'est pas établie, de sorte que la délibération n'étant pas exécutoire, la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- la transmission tardive de cette délibération au recteur, après le début de procédure de sélection des usagers en master, méconnait l'article L. 719-7 du code de l'éducation, de sorte que, cette délibération n'étant pas exécutoire, la décision attaquée est également dépourvue de base légale pour ce motif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2023, l'université de Picardie Jules Verne conclut au rejet de la requête et demande au juge des référés de mettre à la charge de

Mme B la somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, dès lors que cette situation résulte du propre fait de Mme B et que la nouvelle décision de refus après le réexamen de sa candidature se justifie eu égard aux autres candidatures reçues par l'université et en raison de ses résultats insuffisants ; que l'absence de réponse positive de la requérante malgré 19 demandes déposées atteste de son niveau insuffisant pour pouvoir poursuivre sa scolarité au sein de l'université de Picardie Jules Verne ; qu'enfin il serait préjudiciable à la requérante de l'inscrire durant l'année universitaire en cours en raison du programme dense et du retard accumulé depuis la reprise des enseignements le 11 septembre 2023 ;

- la légalité de la décision attaquée n'est pas entachée d'un doute sérieux dès lors que le conseil d'administration de l'université s'est prononcé par une délibération du 14 décembre 2022 sur les capacités d'accueil et les critères d'accès au master litigieux et que cette délibération a fait l'objet d'une publication appropriée sur le site internet de l'établissement dès le 25 janvier 2023 ; que le moyen tiré de ce que cette délibération n'a pas été transmise au recteur en application de l'article L. 719-7 du code de l'éducation doit être écarté dès lors que suite à l'ordonnance du 12 septembre 2023, la délibération a été transmise par courriel le 19 septembre 2023 au recteur qui en a accusé bonne réception le jour même ; que si la requérante éprouvait des difficultés à trouver la délibération publiée sur le site internet le 25 janvier 2023, elle pouvait contacter les services de l'université ; que l'accès à ces informations était adéquat, aisé et rapide pour les candidats dans la mesure où les éléments sont saisis par les services de l'université sur la plateforme " Mon Master " en reprenant les attendus et critères établis par la délibération du

14 décembre 2022 ; qu'il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation portée par le président d'une université sur la candidature d'un étudiant mais seulement que cette appréciation ne s'est pas fondée sur des considérations étrangères à ses mérites.

Vu :

- la requête au fond n° 2303334 enregistrée le 27 septembre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Galle,

- les observations de Me Verdier, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soulève un nouveau moyen tiré de ce que la délibération du 14 décembre 2022 ne fixe aucun " attendu " ni critère d'examen des candidatures, puisque les cases du tableau annexé à cette délibération en ce qui concerne le master de droit privé ne concernent pas les attendus pour l'entrée en master 1 mais ceux applicables pour la spécialisation suivie en master 2 ; il précise que la délibération aurait dû être transmise au recteur dès le début de la procédure de sélection des candidats, et souligne que l'octroi d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 est largement insuffisante ;

- les observations de Mme C, représentant l'université de Picardie Jules Verne, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ; elle fait en outre valoir que la plateforme mon master.gouv.fr qui comporte les attendus pour chaque master donne accès par un lien à la délibération du 14 décembre 2022 fixant ces critères ; et que les attendus mentionnés dans le tableau annexé à la délibération du 14 décembre 2022 concernent nécessairement les attendus à l'entrée en master 1 dès lors qu'aucune sélection des candidats n'est opérée en master 2, ces attendus étant en l'espèce identiques pour les trois spécialisations citées dans le tableau.

La clôture de l'instruction a été différée au 11 octobre 2023 à 18 h00.

Par un mémoire en enregistré le 10 octobre 2023 à 17h19, l'université de Picardie Jules Verne conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures et observations orales par les mêmes moyens.

Elle soutient en outre que la preuve de la mise en ligne de la délibération est suffisamment prouvée par le courriel indiquant la date de dépôt du document sur la plateforme nextcloud ; que les éléments qui se trouvent sur la plateforme mon master sont en cohérence avec ceux de la délibération du 14 décembre 2022 et ont été publiés avant le dépôt des candidatures des étudiants ; que les attendus cités dans le tableau annexé à la délibération sont communs aux trois parcours du master.

Mme B a produit un mémoire enregistré le 11 octobre 2023 à 15h35, qui pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a obtenu une licence de droit à l'issue de l'année universitaire

2019-2020. Elle a été inscrite en première année de master mention droit privé de l'université Paris 10 pour l'année 2020-2021, mais a été ajournée à ses examens à l'issue de cette année et n'a pas été admise à redoubler. En 2021 et 2022, souhaitant reprendre ses études en master 1, elle a candidaté dans plusieurs universités mais n'a pas été admise. Par ordonnance du

12 septembre 2023, la juge des référés du tribunal administratif d'Amiens a suspendu l'exécution de la décision du 23 juin 2023 par laquelle le président de l'université de Picardie Jules Verne a refusé d'admettre Mme B en première année de master mention " droit privé ". En exécution de l'injonction prononcée dans cette ordonnance, l'université Picardie Jules Verne a réexaminé la situation de Mme B et, par une décision du 27 septembre 2023, a de nouveau refusé l'inscription de cette dernière en master 1 " droit privé " au titre de l'année

2023-2024. Par la présente requête, Mme B demande, sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du

27 septembre 2023.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Mme B soutient, pour établir l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que la décision attaquée est dépourvue de base légale dès lors que la délibération du 14 décembre 2022 du conseil d'administration de l'université de Picardie Jules Verne portant approbation des capacités d'accueil et des modalités de candidature en master pour 2023-2024 ne fixe aucun attendu spécifique pour l'entrée en master 1 de droit privé, que la date de sa mise en ligne n'est pas établie non plus que la durée de sa publication, que les modalités de publication sur le site internet sont irrégulières dès lors que l'accès au document est trop difficile pour les usagers, et que la transmission de cette délibération au recteur faite le

19 septembre 2023 soit après le début de la procédure de sélection des candidats en master est irrégulière, de sorte que cette délibération n'est pas opposable. Au regard de l'ensemble des pièces versées au dossier, ces moyens ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie, il y a lieu de rejeter la requête, y compris ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à

Me Verdier, et à l'université de Picardie Jules Verne.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Amiens le 13 octobre 2023.

La juge des référés,

Signé :

C. GalleLa greffière d'audience,

Signé :

S. Grare

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieure et de la recherche, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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