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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303305

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303305

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2023, M. A B, représenté par

Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas examiné la demande de renouvellement de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il dispose de ressources et qu'il est père d'un enfant ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, dès lors qu'il dispose d'attaches familiales sur le territoire français eu égard à la présence de son fils et de la mère de ce dernier sur le territoire français ;

- pour les mêmes raisons, il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

8 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien, né le 9 février 1979, déclare être entré sur le territoire français le 29 juillet 2018. Le 12 juillet 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 4 septembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ".

3. En dépit de la mention erronée du récépissé de sa demande, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande de titre de séjour souscrite par l'intéressé, que cette dernière était expressément et exclusivement fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande n'étant dès lors pas fondée sur les dispositions citées au point précédent, la préfète n'était pas tenue d'examiner d'office ce fondement ni, par suite, de consulter le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B contribue à l'entretien et l'éducation de sa fille née le 28 août 2023, ce que ne démontre pas la seule attestation souscrite par la mère de l'enfant. L'intéressé ne démontre en outre pas occuper un emploi pérenne, alors même qu'il soutient travailler, sans toutefois le démontrer. Ainsi, en relevant, aux termes de sa décision, que l'intéressé n'avait pas d'enfant à charge et était dénué de ressources stables, l'autorité préfectorale n'a pas commis d'erreur de fait sur la situation de l'intéressé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

6. Si M. B soutient que les pathologies dont il est atteint nécessitent un suivi médical et un traitement et qu'à ce titre, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement en application des dispositions précitées, il ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, que le défaut de prise en charge médicale pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait bénéficier d'une telle prise en charge dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Si M. B se prévaut de la présence sur le territoire français de sa fille née le

28 août 2023 de sa relation avec une ressortissante camerounaise, aucune pièce ne démontre, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, qu'il contribuerait à son entretien et son éducation. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier qu'il entretiendrait une vie commune avec la mère de l'enfant. M. B, qui n'établit pas occuper d'emploi comme il le soutient, ne démontre en outre pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où il a résidé jusqu'à l'âge de trente-neuf ans. Dans ces conditions, alors qu'au surplus, l'intéressé a précédemment fait l'objet d'une mesure d'éloignement demeurée inexécutée et sans même qu'il soit besoin de prendre en considération les infractions pénales reprochées à l'intéressé aux termes de l'arrêté attaqué, M. B n'est pas fondé à soutenir que celui-ci porterait une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations précitées. Pour les mêmes raisons, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Pour les raisons exposées ci-dessus au point 8, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président-rapporteur,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Wavelet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. Rondepierre-

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2303505

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