mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303309 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SORRIAUX JONATHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 septembre et 2 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023, par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il st arrivé en France en 1972 ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale, dès lors qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale, dès lors qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne contient l'exposé d'aucune conclusion, ni d'aucun moyen ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé ;
- à titre plus subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rondepierre, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 3 octobre 2023 à 14 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, magistrate désignée,
- les observations de M. B, assisté de Me Sorriaux, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien, né le 2 juin 1972, déclare être entré en France le 4 août 1972. Par un arrêté du 22 septembre 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence // l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut-être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'admettre M. B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".
4. Si M. B déclare être entré en France le 4 août 1972, il ne l'établit pas sérieusement, alors qu'il fait valoir, au soutien de ses allégations, la seule mention figurant sur la carte de résident dont il a bénéficié pour la période comprise entre le 3 février 2006 et le 2 février 2016, qui indique une date d'entrée en France en octobre 1972. En tout état de cause, alors qu'il soutient avoir suivi sa scolarité en France, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressé ait résidé en France avant 1987 au plus tôt, la circonstance que ses frères et sœurs cadets y soient nés étant insuffisante à le démontrer. Dans ces conditions, l'intéressé, qui n'établit pas avoir habituellement résidé sur le territoire français avant d'avoir atteint l'âge de 14 ans, n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort de ce qui a été exposé précédemment que M. B n'établit pas avoir résidé sur le territoire français avant 1987 au plus tôt. S'il déclare avoir bénéficié de titres de séjour renouvelés à chaque date d'expiration, il se borne à produire une seule carte de résident, au titre de laquelle son séjour a été régulièrement autorisé en France, entre le 3 février 2006 et le 2 février 2016, et ne justifie plus de la régularité de son séjour en France depuis cette dernière date. Par ailleurs, M. B se prévaut de la présence en France de ses parents, qui ont la nationalité française, ainsi que de ses frères et sœurs, dont il établit également la nationalité française de quatre d'entre eux, il ne démontre toutefois pas d'intensité particulière de ses liens avec eux. En outre, s'il est constant que l'intéressé est le père de deux enfants nés en France le 7 janvier 2004 et le 30 octobre 2006, il ressort de ses propres déclarations qu'il est séparé de leur mère et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il contribuerait à leur éducation, ni qu'il entretiendrait de liens particulier avec eux. De plus, en se bornant à produire un relevé de l'assurance retraite, d'où il ressort, outre une période continue d'emploi entre 1987 et 1991, ainsi que différentes missions d'intérim réalisées de manière discontinue, des périodes de chômage en 1992, 1995, 2003, puis tous les ans depuis 2007, jusqu'à son incarcération au sein du centre pénitentiaire de Liancourt, en 2014, M. B ne démontre ni son insertion professionnelle, ni son insertion sociale. Enfin, M. B a été condamné par le tribunal judiciaire de Soissons, le 16 janvier 2012, à quatre mois d'emprisonnement pour appels téléphoniques malveillants réitérés, par le tribunal correctionnel de Laon, le 28 janvier 2016, à deux mois d'emprisonnement, pour recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine d'emprisonnement n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, par la cour d'assises de l'Oise, le 3 février 2017, à treize ans d'emprisonnement, pour viol, et par le tribunal judiciaire de Laon, le 10 décembre 2020, pour détention de produits stupéfiants. Compte tenu du caractère récent et de la gravité des faits, la préfète était fondée à considérer que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B en l'obligeant à quitter le territoire français, ni qu'elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En troisième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfère aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 7 du présent jugement que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 22 septembre 2023.
9. En dernier lieu, il résulte du point précédent que les moyens tirés de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination, et de l'interdiction de retour sur le territoire français, en ce que ces deux décisions se fondent sur l'obligation de quitter le territoire français, dont le requérant n'a pas établi l'illégalité, doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la préfète de l'Oise, que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris celles qu'il a présentées à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sorriaux et à la préfète de l'Oise.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
A. Rondepierre
Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026