jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303353 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU1 |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 octobre 2023, M. B E, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui renouveler son attestation de demande d'asile ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
- l'arrêté est insuffisamment motivé et stéréotypé ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Somme s'est cru, à tort, tenu de suivre l'avis défavorable de l'OFPRA ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur les conclusions à fin de suspension :
- il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle, vice-présidente,
- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, pour M. E, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en relevant que la CNDA n'a pas encore statué et qu'il existe des risques pour la famille en cas de retour en Géorgie ;
- les observations de M. E et de son épouse Mme A, assistés de Mme C, interprète en langue géorgienne ; Mme A explique que le retour de la famille en Géorgie n'est pas possible en raison du danger encouru par sa fille, qui était menacée, harcelée et victime d'agressions à l'école et par des voisins en raison de son homosexualité ; que ces faits ont débuté en 2017 ; que la famille a quitté la Géorgie en 2022 ; que les autorités géorgiennes ne les ont pas aidés.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant géorgien né le 2 janvier 1972, est entré en France le 22 septembre 2022 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 20 juin 2023 notifiée le 27 juin 2023. M. E demande l'annulation de l'arrêté en date du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 611-1 4°, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne que la demande d'asile de M. E a été rejetée par l'OFPRA, qu'il est originaire d'un pays sûr, et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire. Il précise qu'il est entré en France le 22 septembre 2022, qu'il est marié et a deux enfants à charge. L'arrêté, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () ; d) une décision de rejet pris dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.". Aux termes de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 (). ". Aux termes de l'article R. 531-19 du même code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a statué en procédure accélérée en application de l'article L.531-24 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur la demande d'asile présentée par M. E, et qu'il a rejeté cette demande par une décision du 20 juin 2023, notifiée le 27 juin 2023. Il résulte des dispositions précitées que le droit au maintien sur le territoire français de l'intéressé, ressortissant originaire d'un pays sûr, a pris fin dès la notification de cette décision. Dès lors, le préfet de la Somme pouvait légalement décider à la suite de ce rejet, de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, sans attendre l'issue de son recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet ne s'est pas cru tenu de prononcer une obligation de quitter le territoire français dès la notification de la décision de l'OFPRA, et a procédé à un examen de la situation personnelle du requérant.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E est marié et à deux enfants à charge. S'il soutient que ses enfants nées en 2009 et 2020 en Géorgie sont scolarisées en France, qu'il a tissé de nombreux liens sociaux sur le territoire, il ne justifie toutefois pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. L'intéressé ne justifie pas non plus d'une intégration ancienne, intense et stable sur le territoire français où il n'est entré qu'en septembre 2022 selon ses déclarations, et ne démontre en outre aucun obstacle sérieux à la poursuite de sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, où ses enfants peuvent poursuivre leur scolarisation. Par ailleurs, son épouse fait également l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire prise le 20 septembre 2023 à la suite du rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. E soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine il craint pour sa vie et sa sécurité. Toutefois, lors de l'audience publique, le couple s'est borné à faire état, de manière particulièrement floue et peu crédible, des agressions et menaces subies à compter de l'année 2017 par leur fille, née le 28 mai 2009, en raison de son homosexualité, et qui auraient été à l'origine du départ de la famille D en 2022. Par ces seuls propos, le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier d'un risque pour sa vie et sa sécurité ou celle de sa famille en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension de l'arrêté attaqué :
8. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
9. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de M. E dans un des cas prévus à l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision de la CNDA a été rendue sur son recours contre la décision de l'OFPRA. Le requérant peut ainsi légalement demander la suspension de l'exécution de la décision d'obligation de quitter le territoire français litigieuse sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Toutefois, en se bornant à faire valoir qu'en dépit du statut de pays sûr de la Géorgie, il encourt des risques pour sa vie contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans cet Etat, sans apporter aucun élément de précision, à l'exception des éléments examinés au point 7, à l'appui de cette allégation, le requérant ne fait état d'aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de leur demande d'asile, son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la CNDA susceptible de justifier la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la CNDA en application de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse doivent être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de suspension présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle :
12. Aux termes de l'article 92 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat () choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".
13. La requête de M. E enregistrée sous le n° 2303353 repose sur les mêmes faits que la requête n° 2303351, présentée par Mme A, son épouse, et comporte des prétentions similaires et des moyens présentés de manière identique. Comme son épouse, M. E bénéficie de l'aide juridictionnelle et est assisté par Me Tourbier. Par suite, il y a lieu, dans la présente affaire, de réduire de 30 % la part contributive versée par l'Etat à Me Tourbier pour l'affaire n°2303353.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Tourbier au titre de la présente requête n° 2303353.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La magistrate désignée,
Signé
C. Galle
Le greffier,
Signé
J-F. Langlois
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026