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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303529

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303529

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 octobre et 14 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Koszczanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2023, par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour délivré, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" ou, à, défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'elle ne précise pas les éléments de la situation scolaire de ses enfants, ni la présence en France de sa sœur et de son frère, ni les éléments de son état de santé ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été saisi, alors qu'elle avait demandé un titre de séjour en raison de son état de santé en novembre 2019 ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite un suivi médical non disponible en République démocratique du Congo ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle est accompagnée en France de deux de ses enfants, qu'elle y a des attaches familiales et n'a pas atteint l'âge de soixante ans ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de la vie privée et familiale qu'elle a en France ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de son état de santé ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 6 avril 1974, déclare être entrée en France le 27 décembre 2016. Elle a présenté une demande de titre de séjour mention "vie privée et familiale" sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er septembre 2023, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à

Mme B vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle que la préfète a pris en considération pour le prendre. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant le droit au séjour est insuffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de Mme B n'ait été dument prise en compte, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'arrêté attaqué n'évoque pas son état de santé, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment ni de sa demande de titre de séjour ni de son courrier du 12 janvier 2022, qu'elle ait avisé la préfète de ses éventuels troubles. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.*432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Si Mme B a déposé, le 12 novembre 2019, une demande de titre de séjour à raison de son état de santé, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que cette demande n'aurait pas été examinée, dès lors qu'en application des dispositions de l'article R. *432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, une décision implicite de rejet de sa demande, qu'elle ne conteste au demeurant pas, est intervenue. En outre, alors qu'il ressort de l'avis rendu par l'office français de l'immigration et de l'intégration le 3 juin 2020, que si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge n'est pas de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant le droit au séjour en raison de son état de santé serait intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

6. En quatrième lieu, si la décision litigieuse relève à tort que l'intéressée déclare ne pas avoir d'enfant ni d'attache familiale en France, et qu'elle a vécu dans son pays jusqu'à l'âge de soixante ans, la préfète de l'Oise a également indiqué aux termes de sa décision qu'elle était accompagnée en France par deux de ses cinq enfants et rappelé sa date de naissance. Par suite, l'autorité préfectorale n'aurait pas pris une décision différente en ne retenant pas ces erreurs matérielles.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Mme B est arrivée en France le 27 décembre 2016, d'après ses déclarations. Si elle se prévaut de son ancienneté de séjour sur le territoire français, elle ne justifie toutefois pas de la régularité de sa situation, alors qu'elle a demandé l'asile à quatre reprises, en février et mars 2017, puis en janvier et en juillet 2018, et a formulé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé en novembre 2019, qui, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, a donné lieu à une décision implicite de rejet. Par ailleurs, alors que l'intéressée se prévaut de la présence et de la scolarisation, depuis 2017, de deux de ses enfants résidant avec elle, l'aînée est désormais majeure, tandis qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce que son enfant mineur l'accompagne en cas de retour dans son pays d'origine. Mme B ne justifie par ailleurs d'aucune activité salariée et bénéficie de dispositifs d'hébergement d'urgence. Enfin, alors qu'elle se prévaut de la présence régulière en France de sa sœur et de son frère, elle ne justifie pas de la nécessité de rester auprès de l'un d'eux, ni de la particulière intensité de leurs liens. Dans ces conditions, sans pouvoir utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ce fondement, Mme B ne justifie ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels, et n'est par suite pas fondée à soutenir que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 8, et alors que l'intéressée ne démontre pas être dépourvue d'attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine où elle a résidé jusqu'à l'âge de 42 ans, Mme B, n'est pas fondée à soutenir que le refus de lui délivrer un titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni qu'il méconnaitrait les stipulations précitées.

11. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 8, il n'est pas démontré que l'enfant mineur de

Mme B ne puisse l'accompagner en République démocratique du Congo pour y poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Oise aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement

approprié () ".

14. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus au point 5 et alors qu'elle n'établit pas, par la seule production d'ordonnances médicales et d'attestations de médecins, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'elle ne pourrait pas avoir accès à un traitement adapté en cas de retour en République démocratique du Congo, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste méconnait les dispositions précitées.

15. En neuvième lieu, pour les raisons exposées aux points 10 et 12 du présent jugement, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaitrait les diverses stipulations internationales qui y sont invoquées.

16. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de Mme B.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Wavelet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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