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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303539

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303539

mercredi 15 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée sous le n° 2303539 le 17 octobre 2023, la société Free Mobile représentée par Me Martin demande au juge des référés :

1°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le directeur général adjoint des services de la commune d'Amiens a procédé au retrait de la décision de non-opposition tacitement acquise à compter du 28 mars 2023 et s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 28 février 2023 pour l'implantation d'une station de téléphonie mobile au 203 rue de Cagny à Amiens ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Amiens de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Amiens une somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie au regard de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres des opérateurs qui ont pris des engagements à ce titre envers l'Etat ; en l'espèce, la couverture par le réseau 4G et THD de la société Free Mobile est insuffisante par rapport à son objectif de couverture du territoire métropolitain imposé par son cahier des charges ; la couverture en cause doit s'apprécier par rapport aux antennes dont elle dispose et non par rapport à la couverture résultant de la présence de l'ensemble des opérateurs ; les cartes produites au dossier établissent que la station de téléphonie mobile en cause desservira un territoire dont la société Free Mobile n'assure pas suffisamment la couverture ; son implantation correspond ainsi à la fois à un intérêt public et à son intérêt propre ; elle justifie donc de l'urgence à suspendre la décision attaquée ;

- le signataire de la décision d'opposition ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;

- la décision attaquée constitue un retrait illégal d'une décision tacite de non opposition acquise le 28 mars 2023, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dès lors que la décision retirée n'était pas entachée d'illégalité ;

- l'article UB 11 du plan local d'urbanisme applicable au secteur UBa dont la méconnaissance est alléguée ne s'applique pas à l'opération objet de la déclaration en cause ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qu'elle ne caractérise pas les lieux avoisinants, ainsi que d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'insertion supposément insuffisante du projet sur le site.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, la commune d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que ni la condition d'urgence ni celle tenant à l'existence d'un doute sérieux ne sont réunies, et demande la substitution de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme aux dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme sur lesquelles elle s'est initialement fondée.

II) Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2023, la société Free Mobile représentée par Me Martin demande au juge des référés :

1°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de la décision implicite du 11 juin 2023 par laquelle le maire de la commune d'Amiens a refusé de lui délivrer un certificat de non-opposition à la décision préalable déposée pour l'implantation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain sis 203 rue de Cagny à Amiens ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Amiens de lui délivrer un certificat de non-opposition dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Amiens une somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence est justifiée, en se prévalant pour cela des mêmes considérations que celles exposées dans la requête n° 2303539 ;

- la décision attaquée est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité tiré de ce que le maire a méconnu l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme en refusant de délivrer un certificat de non-opposition alors qu'une décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable de travaux en cause a été acquise le 28 mars 2023 en vertu de l'article R. 424-1 de ce code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, la commune d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que ni la condition d'urgence ni celle tenant à l'existence d'un doute sérieux ne sont réunies, dès lors qu'il est fait opposition aux travaux.

Vu :

- les requêtes enregistrées le 4 août 2023 sous le n°2302675 et sous le n°2302676 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 6 novembre 2023 à 15h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile, qui reprend les conclusions et moyens exposés dans la requête en les développant, en abonnant son moyen dirigé contre le vice d'incompétence du signataire, et en insistant particulièrement sur ce que l'arrêté du 19 juin 2023 est entaché d'une erreur de droit en ce que l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme ne s'applique pas aux équipements d'intérêts collectifs, sur ce que le projet de construction s'insère dans le site environnant sans aucun impact sur la protection des abords des monuments historiques, y compris au sens et pour l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme s'il venait à lui être substitué et sur ce qu'une décision de non opposition tacite est née de la déclaration préalable déposée le 28 février 2023 pour les deux antennes situées au 203 rue de Cagny ;

- et les observations de M. A, représentant la commune d'Amiens qui reprend en les développant les arguments exposés dans ses écritures en insistant notamment sur la présence d'une protection pour monument historique en zone AC1 à proximité du site de construction et sur ce que le projet envisagé d'antenne en reproduction de cheminées en saillie d'une hauteur de 2m60 ne prévoit aucune modénature et ne présente donc pas une insertion suffisante dans le site.

La clôture de l'instruction des deux affaires a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. La société Free Mobile a déposé le 28 février 2023 un dossier de déclaration préalable, enregistré sous le n° DP 80021 23 A0489, ayant pour objet l'installation d'une station de relais de téléphonie mobile composée de trois antennes camouflées dans deux fausses cheminées peintes en trompe l'œil " briques " et d'installations techniques de petite taille à l'intérieur du bâtiment situé au 203 rue de Cagny à Amiens. Il est constant que la commune d'Amiens n'a pas notifié d'opposition à cette déclaration préalable à l'issue du délai d'instruction d'un mois. S'estimant titulaire d'une décision tacite de non opposition, la société Free Mobile a sollicité de la commune d'Amiens, par une demande présentée le

11 avril 2023, la délivrance d'un certificat de non opposition. Toutefois, par un arrêté du

19 juin 2023, le directeur général adjoint des services a retiré la décision de non opposition tacite née le 28 mars 2023 et s'est opposé au projet contenu dans la demande préalable. Par la requête enregistrée sous le n° 2303539, la société Free Mobile demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité et, par la requête enregistrée sous le n° 2303540, de suspendre, sur le fondement des mêmes dispositions, l'exécution de la décision implicite née le 11 juin 2023 portant refus de lui délivrer le certificat de non-opposition qu'elle a sollicité.

3. Les requêtes susvisées n° 2303539 et n° 2303540 présentées par la société Free Mobile présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

4. Il ressort des motifs de l'arrêté du 19 juin 2023 que, pour s'opposer aux travaux mentionnés dans la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, la commune d'Amiens s'est fondée sur ce que le projet, comprenant la mise en place de deux fausses cheminées en fibre " imitation brique " aux dimensions imposantes et sans modénatures, porte atteinte à la préservation des caractéristiques architecturales du site d'implantation en méconnaissance des dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme qui disposent que l'aspect extérieur des adjonctions ou modifications de constructions existantes doit être étudié de manière à assurer leur bonne intégration dans le paysage rural ou urbain et la préservation des caractéristiques architecturales de la construction faisant l'objet de travaux.

5. Ainsi que le fait valoir la société requérante, le point XIII.1 de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme exclut du champ d'application de cet article les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif, au nombre desquelles figurent, selon le lexique annexé à ce règlement, auquel il est renvoyé, celles nécessaires au fonctionnement des réseaux de télécommunications, ce qui est le cas des équipements projetés.

6. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge des référés que la décision dont il lui est demandé de suspendre l'exécution, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge des référés, après avoir mis à même l'auteur de la demande, dans des conditions adaptées à l'urgence qui caractérise la procédure de référé, de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher s'il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif est susceptible de fonder légalement la décision et que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative et à condition que la substitution demandée ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué, le juge des référés peut procéder à cette substitution pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension qui lui est demandée.

7. En l'espèce, la commune d'Amiens demande dans ses écritures en défense, communiquées avant l'audience à la société requérante qui a présenté ses observations à la barre, que soit substitué au motif tiré de la méconnaissance de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme, celui tiré de l'atteinte portée au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Il ressort à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que la commune aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ce motif qu'il convient, dès lors, de substituer pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension de ladite décision.

8. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que le maire de la commune d'Amiens a entaché l'arrêté du 19 juin 2023 d'erreur de droit et d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, qu'il a, en conséquence, illégalement procédé au retrait de la décision tacite de non-opposition née le 28 mars 2023 et a, dans ces conditions, méconnu les dispositions de l'article R. 424-13 de ce code en refusant de délivrer un certificat de non-opposition ne sont pas propres à créer un doute sérieux.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, que les requêtes de la société Free mobile doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n°2302539 et la requête n°2303540 de la société Free mobile sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune d'Amiens.

Fait à Amiens, le 15 novembre 2023.

Le juge des référés, La greffière,

Signé : Signé :

C. Binand S. Grare

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°s2303539 2303540

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