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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303578

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303578

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303578
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP BERTHILIER & TAVERDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Taverdin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui aurait refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Turquie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est illégale compte tenu, par voie de conséquence, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est illégale compte tenu des circonstances humanitaires dont il se prévaut ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour dès lors que l'arrêté attaqué ne prononce pas une telle mesure.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 8 juillet 1978, est entré sur le territoire français en 2020 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 7 décembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision

du 24 mai 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 17 octobre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Turquie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile à Nogent-Sur-Oise pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Creil.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

2. Si le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 17 octobre 2023 en tant que celui-ci lui refuserait la délivrance d'un titre de séjour, cet arrêté ne prononce pas une telle mesure. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation sont, sur ce point, irrecevables.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise et mentionne les textes dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1, le 3° de l'article L. 612-2 et les articles

L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs la préfète de l'Oise, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, précise notamment que l'intéressé n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il déclare être entré en France en 2020, être marié avec une ressortissante turque en situation irrégulière sur le territoire français, avoir des enfants dont il ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation, que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, qu'il ne justifie d'aucun obstacle sérieux à la poursuite de sa vie hors de France ni d'aucun motif sérieux de croire que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays ou qu'il y serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la demande d'asile a été rejetée, déclare séjourner en France depuis 2020, où résident également son épouse et leurs cinq enfants, dont les demandes d'asiles sont en cours d'examen devant la cour nationale du droit d'asile. Si le requérant se borne à faire valoir que la cour nationale du droit d'asile ne s'est pas prononcée à la date de notification de l'arrêté attaqué sur la demande d'asile de son épouse, il n'établit toutefois ni leur communauté de vie ni qu'elle aurait un droit au maintien sur le territoire français dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile en application des dispositions des articles L. 541-2 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, M. A, qui n'exerce pas d'activité professionnelle déclarée, ne démontre pas être inséré professionnellement en France. Par ailleurs, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Turquie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 42 ans. S'il soutient craindre des persécutions et une arrestation à raison de son activisme et de son militantisme politiques en faveur des kurdes en cas de retour en Turquie, il n'apporte aucun élément permettant d'établir de manière circonstanciée la réalité et l'actualité de ces risques. Si l'intéressé produit, à l'appui de sa requête, un procès-verbal d'audience du 4 janvier 2022 du tribunal correctionnel de Batman en Turquie, ce document ne mentionne toutefois ni son identité ni les faits à raison desquels il serait poursuivi. Le requérant n'apporte aucun élément démontrant qu'il encourrait personnellement et directement des risques de subir des traitements inhumains et dégradants en Turquie, de sorte que rien ne s'oppose à ce qu'il poursuive sa vie familiale dans son pays d'origine avec son épouse et leurs enfants, également ressortissants turques. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée de sa présence en France, à sa situation personnelle et familiale et en l'absence de risques établis de subir des traitements inhumains et dégradants en Turquie, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède au point 2 que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour sont irrecevables et que, dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il encourrait personnellement et directement des risques de subir des traitements inhumains et dégradants en Turquie. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

11. Si M. A fait valoir qu'il encourt des persécutions et une arrestation en Turquie, il n'apporte toutefois aucun élément établissant de manière probante et circonstanciée la réalité des risques allégués. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires auraient justifié que la préfète de l'Oise ne prononce pas d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des circonstances humanitaires dont il se prévaut doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Compte tenu des motifs exposés au point 6 du présent jugement, en fixant la durée d'interdiction à un an, la préfète de l'Oise ne porte pas au droit de M. A au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette interdiction a été prise, ni n'a manifestement mal apprécié les conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.

14. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour sont irrecevables.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Taverdin et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

Le greffier,

Signé

J-F. LANGLOIS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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