jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2303646 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 26 et 27 octobre 2023, Mme A C épouse B, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 25 août 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français ;
3°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai français :
- elle ne tient pas compte de la bonne insertion sociale et professionnelle de son époux ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle indique que son époux est titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée alors même qu'il avait adressé aux services de la préfecture de l'Oise une copie de son contrat à durée indéterminée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est illégale car la fille de la requérante souffre d'une grave pathologie laquelle nécessite un suivi médical qui n'est pas disponible en Arménie ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il est illégal dès lors qu'il l'oblige à aller signer trois fois par semaine dans une autre ville, alors qu'elle ne dispose d'aucun moyen de locomotion pour s'y rendre et que ses quatre enfants sont scolarisés.
Par un mémoire en défense, enregistré 27 octobre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne satisfait pas aux exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fumagalli, magistrat désigné,
- les observations de Me Pereira, en présence de Mme C, assistée par Mme D, interprète en langue arménienne, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute le moyen, dirigé contre l'arrêté portant assignation à résidence, tiré de son caractère disproportionné ; précise que la requête est suffisamment motivée et qu'ainsi la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée ; insiste sur le défaut d'examen complet de la situation de la requérante et celle de son mari, sur l'intégration personnelle et familiale de la requérante au sein de la société française, sur le suivi des soins dont sa fille a besoin et sur la scolarité de ses enfants en France ; précise que le mari de la requérante exerce un métier en tension en France et que sa famille dispose des conditions stables pour vivre en France.
- et les observations de Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante arménienne née le 9 février 1995, déclare être entrée en France le 1er juin 2017. L'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 août 2023, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de retour et lui a interdit le retour en France pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme C demande l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de l'arrêté portant assignation à résidence.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre à titre provisoire Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 25 août 2023 portant obligation de quitter le territoire :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a, avant de prendre la décision attaquée, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation de la requérante. Le moyen afférent doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, alors que la décision attaquée ne mentionne pas de tels motifs, Mme C ne peut utilement soutenir que la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur de fait s'agissant de la durée du contrat de travail de son mari. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort pièces du dossier que Mme C, accompagnée de son mari et de deux enfants, est entrée en France en 2017, où elle a donné naissance à deux autres enfants. Si la requérante se prévaut de ce qu'elle suit des cours de français, de son engagement bénévole, de la scolarisation de ses quatre enfants et de l'emploi récent de son mari, ces circonstances ne sauraient caractériser une situation particulièrement ancienne, intense et stable en France. Dans ces circonstances, Mme C n'établit pas l'impossibilité dans laquelle se trouveraient ses enfants de poursuivre leur scolarité en Arménie, pays dont son mari est également ressortissant, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Par ailleurs, si Mme C allègue que l'état de santé de sa fille nécessite un suivi particulier en France, il est constant qu'elle n'a pas sollicité de titre de séjour pour raisons médicales et la requérante ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ses allégations. Il ressort enfin du fichier " TelemOpfra " produit par la préfète de l'Oise que la demande d'asile de Mme C a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office de français de protection des réfugiés et des apatrides du 4 décembre 2018, notifiée le 3 janvier 2019. La requérante s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 25 juin 2020 à laquelle elle n'a pas déféré. Par conséquent, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la scolarité des enfants du couple ne puisse se poursuivre normalement en Arménie, où aucune circonstance ne s'oppose à ce qu'ils accompagnent leurs parents et où il n'est pas établi que la fille de Mme C ne pourrait pas être soignée pour la pathologie alléguée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté du 25 août 2023 portant assignation à résidence :
10. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
11. Si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions citées au point précédent ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, les modalités de ces mesures susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Elles ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir, ni au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a assigné à résidence Mme C et sa famille, qui étaient à la date de l'arrêté dans un centre d'hébergement d'urgence à Creil, dans un hébergement connu des services de l'Etat situé à Noyon. L'arrêté assigne à résidence la requérante de 5h30 à 7h du matin et lui fait obligation de se présenter les lundi, mercredi et vendredi matin à la brigade de gendarmerie de Noyon afin de faire constater le respect des mesures dont elle fait l'objet.
13. Il ressort du dispositif même de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise a tenu compte des contraintes familiales de l'intéressée pour définir ses modalités. Si Mme C soutient que le lieu d'assignation et de pointage sont incompatibles avec ses obligations familiales, l'intéressée se borne à se prévaloir de l'absence de véhicule personnel. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir l'impossibilité d'effectuer le trajet entre Noyon et Creil par un moyen de transport collectif pour y accompagner ses enfants. Dans les circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'est donc pas disproportionné. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise.
D É C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
E. FUMAGALLILe greffier,
Signé
P. VROMAINE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2303646
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026