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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303670

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303670

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantPAVIOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 20 octobre et 27 décembre 2023 ainsi que le 1er juillet 2024, M. A B, représenté par Me Paviot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 3 octobre 2023 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Oise pour le recouvrement de la somme globale de 7 343,90 euros correspondant à un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 7 039 euros pour la période d'octobre2018 à janvier 2021 et à deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant respectif de 152,45 euros pour les mois de décembre 2018 et décembre 2019 ;

2°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Oise, d'une part, à le rétablir dans ses droits jusqu'à sa reprise d'activité salariée à compter du 3 août 2020, d'autre part, à lui rembourser les sommes saisies ;

3°) de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Oise à lui verser la somme de 800 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence en raison du non-versement du revenu de solidarité active ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Oise la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas dissimulé les revenus pris en compte dans le calcul de ses droits, à l'origine de l'indu : aucun élément ne permet de justifier d'une rémunération qui lui aurait été versée pendant les périodes considérées ;

- il ne s'est pas rendu coupable de fraude ;

- les créances relatives aux prestations versées antérieurement au 10 février 2019 sont prescrites ;

- l'allocation de logement sociale n'est pas au nombre des prestations susceptibles de donner lieu à un recouvrement par voie de contrainte en vertu de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale ;

- l'acte d'huissier est incomplet pour ne pas contenir la contrainte.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2024, la caisse d'allocations familiales de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une lettre du 1er juillet 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la caisse d'allocations familiales de l'Oise à verser à M. B la somme de 800 euros " au titre des troubles dans ses conditions d'existence en raison du non-versement du revenu de solidarité active ", dès lors que ces conclusions constituent des conclusions nouvelles présentées après l'expiration du délai de recours contentieux.

Par un mémoire enregistré le 2 juillet 2024, M. B a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018

- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions du 10 février 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à M. B un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 7 039 euros pour la période d'octobre 2018 à janvier 2021 et un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre du mois de décembre 2018. Par une décision du 13 février 2021, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a également notifié à l'intéressé un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros au titre du mois de décembre 2019. Après une mise en demeure adressée à l'intéressé le 19 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a émis le 3 octobre 2023 à son encontre une contrainte pour le recouvrement des indus notifiés, dont M. B demande l'annulation.

Sur la régularité formelle de la contrainte :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement comprennent : / () / 2° Les allocations de logement : / () / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ".

3. Il résulte des dispositions précitées que contrairement à ce que soutient M. B, les créances d'allocation de logement sociale sont au nombre des prestations susceptibles de donner lieu à un recouvrement par voie de contrainte en vertu de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale. Le moyen doit ainsi être écarté.

4. En second lieu, M. B ne peut utilement soutenir que l'acte d'huissier est incomplet pour ne pas contenir la contrainte, alors qu'il n'établit pas ses allégations et qu'au demeurant il a produit la contrainte attaquée à l'occasion de l'introduction de la présente requête. Le moyen doit ainsi être écarté.

Sur le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement sociale :

5. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : / () / 2° Les allocations de logement : / () / b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 821-2 du même code : " Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale ". Aux termes de l'article L. 825-2 de ce code : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ".

6. Aux termes de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 133-8-7, L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. ".

7. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre la contrainte émise pour recouvrer un indu d'allocation de logement sociale n'est pas subordonnée à l'exercice du recours administratif préalable mentionné à l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation précité, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence d'un tel recours préalable saisissant de cette contestation la caisse d'allocations familiales.

8. En soutenant qu'il n'a pas dissimulé les revenus pris en compte dans le calcul de ses droits à l'origine de l'indu, qu'il ne s'est pas rendu coupable de fraude et que les créances relatives aux prestations versées antérieurement au 10 février 2019 sont prescrites, M. B conteste le bien-fondé de la créance mise à sa charge, qui résulte de l'indu d'allocation de logement sociale qui lui a été notifié le 10 février 2021. Or, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait, préalablement à sa requête, saisi dans le délai imparti la caisse d'allocations familiales de l'Oise du recours administratif préalable mentionné à l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation pour contester le bien-fondé de cette créance. Par suite, en l'absence de toute preuve de présentation d'un tel recours, les moyens relatifs au bien-fondé de la créance pour le recouvrement duquel la contrainte en litige a été émise sont irrecevables et doivent, par suite, être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la contrainte émise le 3 octobre 2023 par le directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Oise, s'agissant de l'allocation de logement sociale, doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année :

10. En soutenant qu'il n'a pas dissimulé les revenus pris en compte dans le calcul de ses droits, outre qu'il ne conteste pas sérieusement n'avoir jamais justifié les sommes perçues sur son compte bancaire prises en compte pour le calcul de ses droits et à l'origine des indus litigieux, par les seuls éléments qu'il produit à l'instance il ne peut être regardé comme remettant en cause les constatations de dissimulation de revenus retenues dans le rapport d'enquête du 4 janvier 2021. Le moyen doit ainsi et en tout état de cause être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la contrainte du 3 octobre 2023 émise à son encontre par la caisse d'allocations familiales de l'Oise ni, par voie de conséquence et en tout état de cause, à ce que la caisse d'allocations familiales de l'Oise soit condamnée à le rétablir dans ses droits jusqu'à sa reprise d'activité salariée à compter du 3 août 2020 et à lui rembourser les sommes saisies.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

12. Si M. B demande au tribunal de condamner la caisse d'allocations familiales de l'Oise à lui verser la somme de 800 euros " au titre des troubles dans ses conditions d'existence en raison du non-versement du revenu de solidarité active ", il résulte toutefois de l'instruction que ces conclusions ont été présentées pour la première fois le 1er juillet 2024, postérieurement au délai de recours contentieux. Par suite, de telles conclusions présentées après l'expiration du délai de recours contentieux présentent le caractère de conclusions nouvelles et sont, à ce titre, irrecevables. Il en résulte que, pour ce motif, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :

13. Dès lors que les conclusions principales aux fins d'annulation et d'indemnisation sont rejetées, les conclusions relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la caisse d'allocations familiales de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. Wavelet La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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