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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303686

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303686

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen, faute pour la préfète d'avoir analysé le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation alors qu'un tel critère est de nature à avoir une incidence sur l'appréciation globale de sa situation pour l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète lui a refusé, à tort, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions légales pour l'obtenir ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination ainsi que portant interdiction de retour sur le territoire français sont dépourvues de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 janvier 2024 à 12h00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 8 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Beaucourt, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 31 août 2005, déclare être entré en France le 17 juillet 2022, dénué de tout visa régulièrement délivré. Par un arrêté du 3 octobre 2023, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré sur le territoire français en juillet 2022, a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 3 août 2022, soit après l'âge de seize ans. A cet égard, la préfète de l'Oise, en se bornant à se prévaloir, pour mettre en doute la date de naissance, et ce faisant de majorité, du requérant, de la déclaration, au demeurant démentie par l'acte de naissance joint au dossier, faite par la mère de ce dernier lors du dépôt de sa demande d'asile en février 2012 et selon laquelle il serait né le 30 janvier 2004, ne contredit pas utilement les motifs des ordonnances rendues successivement les 3 août et 5 septembre 2022 par la procureure de la République près le tribunal judiciaire et Bobigny et le juge des tutelles des mineurs du tribunal judiciaire de Beauvais qualifiant M. A, né le 31 août 2005, de " mineur étranger isolé " et décidant de son placement à l'aide sociale à l'enfance.

6. Par ailleurs, les pièces du dossier révèlent que, après avoir effectué un stage de découverte dans le domaine de la restauration, le requérant a intégré, en cours d'année scolaire 2022-2023 une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention " production et service restaurant " dans le cadre de laquelle il a conclu un contrat d'apprentissage valable du 12 décembre 2022 au 31 août 2024. A cet égard, le bulletin produit par le requérant pour le second semestre de cette année scolaire fait état d'une moyenne satisfaisante de 11,04 sur 20 et d'appréciations encourageantes de ses professeurs témoignant de sa volonté et des efforts qu'il déploie en vue de dépasser les difficultés qu'il rencontre.

7. Par ailleurs, la structure, qui a accueilli M. A dès son entrée dans le dispositif de l'aide sociale à l'enfance, le décrit en des termes mélioratifs comme un jeune homme " reconnu pour son sérieux ", ayant démontré " une grande capacité d'intégration et une forte détermination depuis son arrivée en France ", apte à communiquer efficacement en dépit de quelques lacunes, soucieux du respect des règles, autonome, faisant preuve " d'implication dans les tâches quotidiennes ", " veill[ant] à la propreté de son logement " et capable de " solliciter l'équipe éducative pour prévenir l'escalade de conflits " avec ses pairs quant à l'utilisation des parties communes.

8. Enfin, et alors même que les notes éducatives versées au dossier indiquent que M. A, dont l'état d'isolement a d'ailleurs été reconnu par les deux décisions de justice mentionnées au point 5, ne s'exprime pas sur sa famille avec les membres de laquelle il déclare avoir perdu tout contact depuis son départ du Congo en janvier 2022, la préfète de l'Oise, procédant exclusivement par voie d'affirmations dans ses écritures en défense, n'apporte aucun élément, ni davantage de pièces de nature à démontrer les liens que celui-ci conserverait avec les membres de sa famille qu'ils soient, selon elle, présents en France ou restés dans son pays d'origine.

9. Eu égard à l'ensemble des éléments exposés aux quatre points qui précèdent, la préfète de l'Oise a, en refusant de délivrer à M. A à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation du requérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 3 octobre 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, celles portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Compte tenu de son motif, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit délivré la carte de séjour temporaire sollicitée par M. A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la préfète de l'Oise le versement à Me Nouvian de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 3 octobre 2023 de la préfète de l'Oise est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de délivrer une carte de séjour temporaire à M. A sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à Me Nouvian une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de l'Oise et à Me Nouvian.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

signé

P. BEAUCOURTLe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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