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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303693

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303693

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303693
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, M. B C, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet lui a refusé, à tort, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réalise ses études avec sérieux et que les interpellations dont il a fait l'objet sont insuffisantes pour caractériser une menace que son comportement représenterait pour l'ordre public ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui l'empêche " de se défendre dans le cadre d'un procès équitable ", porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Beaucourt, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien né le 4 mai 2005, déclare être entré en France au mois d'octobre 2021. Par un arrêté du 29 septembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. L'arrêté du 29 septembre 2023 mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que, au demeurant, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et développe les motifs de fait qui fondent chacune des décisions attaquées. Pour rejeter, au visa de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de titre de séjour de M. C, le préfet de la Somme a indiqué que ce dernier, dont le comportement représente une menace pour l'ordre public, ne fait pas preuve de sérieux dans la poursuite de sa formation. En tirant de ce refus, suffisamment motivé, la conséquence que M. C entrait dans le champ des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, il a suffisamment motivé la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui conformément aux prescriptions de l'article L. 613-1 de ce code n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Enfin, en précisant que M. C serait reconduit, en cas d'exécution d'office de cette mesure, vers le pays dont il a la nationalité dès lors qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Tunisie, le préfet de la Somme a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, dont le contenu ne témoigne pas, contrairement à ce qu'affirme le requérant, de " l'empressement des services de la préfecture " doit être écarté.

4. En deuxième lieu, à supposer que M. C, en affirmant qu'il " revenait à la préfecture de se pencher de manière approfondie sur [sa] situation ", ait entendu soulever le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, ce moyen, tel que soulevé et compte tenu du caractère suffisamment détaillé de la motivation de l'arrêté exposé au point précédent, ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Par ailleurs, l'article L. 432-1 de ce code dispose que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou de " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. Il est constant que M. C, entré sur le territoire français au mois d'octobre 2021, a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 23 novembre suivant, soit après l'âge de seize ans.

8. D'une part, il ressort des pièces versées au dossier par le préfet de la Somme que le requérant, qui ne conteste pas utilement la matérialité des faits qui lui sont reprochés, a fait l'objet d'une interpellation en tant qu'auteur de faits d'escroquerie commis le 19 juin 2022 ainsi que d'une convocation devant le tribunal correctionnel pour être jugé des faits, commis le 25 juin 2023, de violences volontaires, avec usage ou menace d'une arme, ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. La circonstance avancée par M. C selon laquelle les poursuites dont il fait actuellement l'objet imposent qu'il puisse se maintenir sur le territoire français afin d'assurer sa défense " dans le cadre d'un procès équitable " est toutefois sans incidence sur la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre dès lors qu'une telle mesure n'a pas pour effet, par elle-même, de l'éloigner du territoire français.

9. D'autre part, les pièces du dossier révèlent que, après avoir effectué un stage de découverte dans le domaine de la restauration, le requérant s'est inscrit, en cours d'année scolaire 2022-2023 en première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) mention " production et service en restauration ", dans le cadre de laquelle il a conclu un contrat d'apprentissage. A cet égard, les bulletins de notes versés aux débats, qui font état d'une moyenne générale de 7,50 sur 20, de nombreuses heures d'absences non justifiées par M. C et de mises en garde vis-à-vis tant de son travail insuffisant que de son comportement dissipé voire insolent, témoignent du manque de sérieux et d'investissement dans le suivi par l'intéressé de sa formation. Si, pour expliquer les appréciations portées sur ses bulletins, le requérant se prévaut de " problèmes de santé " qui n'ont, selon lui, " pas facilité la poursuite de ses études ", la seule production de documents médicaux, dont les seuls concomitants à l'année scolaire 2022-2023 font état d'une blessure au poignet gauche au mois de janvier 2023, ne saurait suffire à expliquer l'absence d'intérêt et de motivation, relevée par plusieurs de ses professeurs et dont il a fait montre tout au long de cette année scolaire.

10. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu du comportement adopté par M. C, décrit au point 8, caractérisant une menace à l'ordre public et l'absence de sérieux dans le suivi de sa formation, que le préfet de la Somme a refusé de délivrer à l'intéressé le titre de séjour prévu par les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, nonobstant le sens de l'avis, non produit au dossier, rendu par la structure d'accueil sur son insertion, le fait qu'il a conclu le 7 septembre 2023 un contrat jeune majeur avec le conseil départemental et la circonstance qu'il aurait effectivement rompu tout lien avec sa famille restée dans son pays d'origine.

11. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

12. M. C, célibataire et sans charge de famille, n'établit, ni même n'allègue avoir tissé de quelconques liens sociaux depuis son arrivée sur le territoire français autres que ceux qu'il entretient dans le cadre de son contrat d'apprentissage. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de son activité professionnelle ainsi que du contrat jeune majeur conclu en septembre 2023 pour favoriser son autonomie, de telles circonstances ne sauraient suffire, à elles seules, à traduire une insertion suffisante sur le territoire français, ce d'autant que, ainsi qu'il vient d'être dit précédemment, son comportement représente une menace pour l'ordre public. Enfin, la convocation devant le tribunal correctionnel invoquée par le requérant est sans incidence sur la mesure d'éloignement prise à son encontre, laquelle ne le prive en aucun cas de la possibilité de se faire représenter par un conseil à cette audience. Dès lors, la préfète de l'Oise n'a pas, en faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, méconnu les stipulations au point précédent, ni porté une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Demurger, présidente,

- Mme Beaucourt et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

Signé

P. BEAUCOURTLa présidente,

Signé

F. DEMURGER

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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