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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303851

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303851

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la Somme demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Valéry-sur-Somme a délivré à la société civile de construction vente (SCCV) Saint-Valéry-Cavée-Levêque un permis de construire un ensemble immobilier comprenant 138 logements sur un terrain situé au lieu-dit " le Chantier " sur le territoire de cette commune.

Il soutient que :

- l'arrêté déféré a autorisé le projet en méconnaissance de la directive dite DERU du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires, de l'arrêté ministériel du 21 juillet 2015 relatif au système d'assainissement collectif et aux installations d'assainissement non collectif, de l'arrêté préfectoral du 16 août 2016 portant prescriptions spécifiques à déclaration de la station d'épuration de l'agglomération de Saint-Valéry-sur-Somme, ainsi que de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que la réalisation du projet litigieux est de nature à aggraver le risque d'atteinte à la salubrité et à la santé publique du fait des non-conformités du système d'assainissement collectif de la commune de Saint-Valéry-sur-Somme ;

- cet arrêté méconnait l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dès lors que le maire de Saint-Valéry-sur-Somme n'était pas en mesure d'indiquer, à la date de délivrance du permis d'aménager contesté, dans quel délai les travaux nécessaires de mises aux normes de la station d'épuration et des réseaux d'assainissement collectif allaient être réalisés.

Les pièces de la procédure ont été communiquées à la SCCV Saint-Valéry-Cavée-Levêque, qui n'a pas produit d'écritures dans la présente instance.

Par une ordonnance du 10 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024 à 12h00.

La commune de Saint-Valéry-sur-Somme a produit, le 19 août 2024, un mémoire qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 91/271/CEE du Conseil du 21 mai 1991 ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté ministériel du 21 juillet 2015 relatif au système d'assainissement collectif et aux installations d'assainissement non collectif ;

- l'arrêté du 16 août 2016 portant prescriptions spécifiques à déclaration de la station d'épuration de l'agglomération d'assainissement de Saint-Valéry-sur-Somme en application des articles L. 214-1 à L. 214-3 et R. 214-1 à R. 214-60 du code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- et les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 avril 2023, le maire de la commune de Saint-Valéry-sur-Somme a délivré à la société civile de construction vente (SCCV) Saint-Valéry-Cavée-Levêque un permis de construire un ensemble immobilier comprenant 138 logements sur un terrain situé au lieu-dit " le Chantier " sur le territoire de cette commune. Par le présent déféré, le préfet de la Somme demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les trois premiers alinéas du point 1 de l'article 3 de la directive du Conseil du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires prévoient que les États membres de l'Union européenne veillent à ce que toutes les agglomérations soient équipées de systèmes de collecte des eaux urbaines résiduaires à différentes dates selon la situation de l'agglomération concernée. Ces dispositions sont transposées à l'article R. 2224-10 du code général des collectivités territoriales, dont le premier alinéa dispose que : " Les communes dont tout ou partie du territoire est compris dans une agglomération d'assainissement dont les populations et les activités économiques produisent des eaux usées dont la charge brute de pollution organique est supérieure à 120 kg par jour doivent être équipées, pour la partie concernée de leur territoire, d'un système de collecte des eaux usées ".

3. Les exigences minimales fixées par la directive précitée sont complétées au niveau national par l'arrêté ministériel du 21 juillet 2015 relatif au système d'assainissement collectif et aux installations d'assainissement non collectif lequel détermine les obligations à respecter en termes de surveillance, de performance et de niveau d'équipement, ainsi que les prescriptions propres à chaque acte administratif réglementant la surveillance et le rejet des installations de collecte et de traitement. En outre, l'arrêté du 16 août 2016 portant prescriptions spécifiques à déclaration de la station d'épuration de l'agglomération d'assainissement de Saint-Valéry-sur-Somme en application des articles L. 214-1 à L. 214-3 et R. 214-1 à R. 214-60 du code de l'environnement décline ces exigences au niveau local. A cet égard, son article 2 indique que " La station d'épuration, d'une capacité nominale de 500 kg de DBO5/jour (~ 8 300 EH) est située sur la commune de Saint-Valéry-sur-Somme. / Cette station traite les eaux usées des communes de Saint-Valéry-sur-Somme, Arrest, Noyelles-sur-Mer et Boismont. / La station d'épuration est de type boues activées en aération prolongée () ".

4. En premier lieu, l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité, et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement. Un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

5. Le projet envisagé, du fait de sa situation en secteur d'assainissement collectif sur le territoire de la commune de Saint-Valéry-sur-Somme, dépend de la station d'épuration de Saint-Valéry-sur-Somme pour le traitement des eaux usées communales. Il ressort des pièces du dossier, et plus précisément du courrier du 5 octobre 2022 de la direction départementale des territoires et de la mer de la Somme produit par le préfet, que, pour l'année 2021, ce système d'assainissement ne répond pas aux critères de conformité fixés au niveau local tant en termes de collecte du fait de son état de surcharge hydraulique chronique, qu'en termes d'équipements de la station. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et n'est pas contesté par la commune, que des travaux de mise aux normes du système d'assainissement collectif de la commune sont nécessaires préalablement à la réalisation du projet litigieux, portant plus précisément sur la réhabilitation de la station d'épuration de la commune et la réalisation de travaux, après diagnostic, sur le réseau d'assainissement collectif particulièrement endommagé sur le territoire de la commune de Noyelles-sur-Mer. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ainsi que le soutient le préfet de la Somme, que le maire de Saint-Valéry-sur-Somme était en mesure de connaître, le 21 avril 2023, dans quel délai et par quelle collectivité les travaux de mise en conformité du système d'assainissement nécessaires à la desserte du projet devaient être exécutés.

6. Dans ces conditions, compte tenu de l'état de non-conformité de la station d'épuration en cause et d'endommagement du réseau public d'assainissement à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, le maire de la commune de Saint-Valéry-sur-Somme a méconnu, en délivrant le permis de construire en cause, les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

8. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6 du présent jugement, le préfet de la Somme est également fondé à se prévaloir de la méconnaissance par le maire de la commune de Saint-Valéry-sur-Somme des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'arrêté du 21 avril 2023 doit être annulé, les vices dont le projet est entaché n'étant pas susceptibles d'être régularisés en l'état de l'instruction.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 avril 2023 de la commune de Saint-Valéry-sur-Somme est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Somme, à la commune de Saint-Valéry-sur-Somme et à la société civile de construction vente Saint-Valéry-Cavée-Levêque.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISILe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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