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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303857

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303857

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 novembre et 15 décembre 2023 et 10 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Homehr demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, :

1°) d'annuler la décision du 19 septembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ;

2°) d'annuler la décision de retrait de points ayant conduit à cette situation à la suite de l'infraction commise le 24 mars 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer le capital de points affecté à son titre de conduite, ainsi que ledit titre ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 7 272 euros en réparation des préjudices subis ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que la réalité de l'infraction commise le 24 mars 2022 n'est pas établie et que le comportement fautif de l'Etat a été pour lui source d'un préjudice qu'il chiffre à 7 272 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer s'agissant de la suite de l'infraction commise le 24 mars 2022 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Vu :

- les pièces complémentaires adressées le 12 mars 2024 ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu le courrier en date du 9 janvier 2024 informant les parties que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'étendue du litige :

1. Par mémoire enregistré le 20 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer affirme que les mentions du relevé d'information intégral relatives à la décision 48 SI du 19 septembre 2023 ainsi que celles portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 24 mars 2022 ont été supprimées et que le capital avait été reconstitué à six points. Cette affirmation est corroborée par l'examen du relevé d'information intégral de l'intéressé établi par l'administration à la date du 16 novembre 2023. M. A doit, par suite, être regardé comme ayant obtenu satisfaction. Ainsi, les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de la décision 48 SI du 19 septembre 2023 ainsi que la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 24 mars 2022 ont perdu leur intérêt. Il n'y a pas lieu, par suite, d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Sur les conclusions indemnitaires :

2. M. A fait valoir que suite à la décision 48 SI erronée du 19 septembre 2023 qui lui a été notifiée le 13 octobre 2023, il a été privé de son permis de conduire pour la période du 14 octobre 2023 au 28 novembre 2023. Il demande en réparation de ses préjudices le versement à son profit de la somme globale de 7 272 euros dont 2472 au titre de ses frais de déplacements réglés à un prestataire de services à la personne et 4 800 euros au titre de son préjudice moral.

En ce qui concerne la responsabilité :

3. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A édité le 16 novembre 2023, que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a lui-même rapporté la décision d'invalidation du 19 septembre 2023 de ce permis de conduire, dont le capital, à la date de cette décision, suite à une série de restitution de points dont la dernière datait du 9 septembre 2022 demeurait en réalité crédité de six points. Le ministre, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans le mémoire indemnitaire, ne conteste pas le constat selon lequel le permis de conduire n'aurait pas dû être invalidé. L'illégalité de la décision du 19 septembre 2023, notifiée le 13 octobre 2023, qui ne consiste d'ailleurs pas en un simple vice de forme ou de procédure, est ainsi avérée et constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne l'indemnisation :

4. En premier lieu, M. A demande le remboursement des frais de transports remboursés à un prestataire de services à la personne, pour une période du 14 octobre au 28 novembre 2023. Toutefois, cette période ne saurait s'étendre au-delà de celle à la date à laquelle il a eu nécessairement connaissance de la reconstitution au moins partielle de son capital points, soit le 21 novembre 2023 et l'indemnisation ne saurait excéder 50 % de la dépense retenue au regard du crédit d'impôt attaché à ces services d'aide à la personne, s'agissant d'une dépense engagée antérieurement au présent jugement et ouvrant droit au bénéfice des dispositions de l'avantage fiscal prévu à l'article 199 sexdecies du code général des impôts. Ainsi l'indemnisation des frais de transports engagés sera-t-elle limitée à 1 604 euros.

5. M. A demande, en second lieu, une indemnité de 4 800 euros correspondant à son préjudice moral. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en lui allouant à ce titre une indemnité de 1 500 euros.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui payer une indemnité de 3 104 euros.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision en date du 19 septembre 2023 portant invalidation du permis de conduire de M. A ainsi que celle portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 24 mars 2022.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser une somme de 3 104 euros à M. A.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. TruyLa greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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