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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303881

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303881

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantCASSEL ANAÏS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 novembre 2023 et 31 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Cassel, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 juin 2023 par laquelle la commission de médiation de la Somme a rejeté son recours en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, ainsi que la décision du 7 septembre 2023 par laquelle la commission a rejeté son recours gracieux contre la décision initiale.

Il soutient que :

- le logement qu'il occupe actuellement avec son épouse et ses six enfants âgés de 3 à 13 ans est inadapté au regard de sa surface habitable de 71 mètres carrés, contraignant les parents à se restaurer sur une table distincte de celle sur laquelle leurs enfants prennent leurs repas ;

- l'un de ses enfants présente des troubles du comportement et ne supporte pas de rester enfermé, ce que le préfet de la Somme ne pouvait ignorer ;

- l'immeuble est humide et des traces d'humidité sont présentes juste au-dessus de la tête de lit de l'un de ses enfants ;

- l'état d'insalubrité du logement dans lequel vit sa famille le contraint à dormir avec un appareil respiratoire.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de M. Wavelet a été entendu et, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a formé le 14 avril 2023 un recours devant la commission de médiation de la Somme en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Par une décision du 15 juin 2023 confirmée par une décision du 7 septembre suivant prise sur recours gracieux, dont l'intéressé demande l'annulation, la commission de médiation de la Somme a rejeté sa demande au motif qu'il " est pourvu d'un logement locatif social dont la surface habitable de 71 m2 n'est pas manifestement inadaptée à sa situation () et que dès lors il ne respecte pas le caractère d'urgence du dispositif du droit au logement opposable ".

2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est () logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. () / Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. () ". Aux termes de l'article L. 441-1-4 de ce code : " Les délais au-delà desquels les personnes qui ont déposé une demande de logement locatif social peuvent saisir la commission de médiation prévue à l'article L. 441-2-3 sont déterminés, au regard des circonstances locales, par un arrêté du représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement () en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département (). / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / - être dépourvues de logement () ; / - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. () ; / - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale () - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ". La surface mentionnée à l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation est " une surface habitable globale au moins égale à () seize mètres carrés pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de neuf mètres carrés par personne en plus, dans la limite de soixante-dix mètres carrés pour huit personnes et plus ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

4. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée du 7 septembre 2023 qui reprend en substance le motif retenu dans la décision initiale du 15 juin 2023, que pour rejeter le recours amiable présenté par M. B, la commission de médiation de la Somme a estimé que l'intéressé " est pourvu d'un logement locatif social dont la surface habitable de 71 m2 n'est pas manifestement inadaptée à sa situation ". Si le requérant soutient en premier lieu que le logement qu'il occupe actuellement avec son épouse et ses six enfants âgés de 3 à 13 ans est inadapté au regard de sa surface habitable de 71 mètres carrés, contraignant ainsi les parents à se restaurer sur une table distincte de celle sur laquelle leurs enfants prennent leurs repas, cette circonstance ne peut cependant caractériser une suroccupation du logement au sens des dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation, qui fixent pour 8 personnes, comme en l'espèce, une surface au moins égale à 70 mètres. En deuxième lieu, à supposer qu'en indiquant que l'un de ses enfants présente des troubles du comportement et ne supporte pas de rester enfermé ce que le préfet ne pouvait ignorer, le requérant ait entendu invoquer être en charge d'une personne en situation de handicap, en tout état de cause la seule production du contrat de séjour de son fils A pour une prise en charge pluridisciplinaire conclu avec l'association départementale pour la sauvegarde de l'enfance à l'adulte de la Somme (adsea 80), ainsi qu'une attestation du 23 novembre 2023 de l'association AYLF Enfance et Famille ayant pour objet un appui au changement de logement, et alors par ailleurs que la demande de logement social déposée par le requérant ne mentionne aucunement la nécessité d'un logement adapté au handicap de l'enfant, n'est pas de nature à caractériser un logement répondant aux caractéristiques prévues par les dispositions précitées de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. En dernier lieu, si M. B invoque l'insalubrité du logement, outre que ni sa demande de logement social ni les décisions attaquées de la commission de médiation ne sont fondées sur un tel motif, en tout état de cause il n'a jamais signalé à son bailleur les problèmes d'humidité qu'il invoque, ainsi que l'indique le préfet de la Somme sans être contesté, et les seules photographies d'un appareil respiratoire, d'un mur et d'une fenêtre qu'il produit à l'appui de ses allégations ne sont pas à elles seules de nature à établir l'insalubrité du logement qu'il invoque. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la commission de médiation du département de la Somme a considéré qu'il était pourvu d'un logement locatif social dont la surface habitable de 71 m2 n'est pas manifestement inadaptée à sa situation et qu'il ne remplissait dès lors pas les conditions pour se voir reconnaître prioritaire dans l'attribution d'un logement en urgence dans le cadre des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de la commission de médiation de la Somme des 15 juin et 7 septembre 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. WaveletLa greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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