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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303915

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303915

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303915
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023 à 16h40, Mme C A, représentée par Me Tourbier, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner au département de la Somme de procéder à son hébergement dans une structure agréée au titre de la protection de l'enfance et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil ;

3°) de mettre à la charge du département de la Somme une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ayant été exclue du dispositif d'accueil des mineurs isolés à la suite de l'avis de classement du Parquet en date du 8 novembre 2023, elle se trouve sans hébergement, sans aucune prise en charge et sans aucun moyen de subsistance sur le territoire français et dans une situation de précarité et de risque de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité ;

- la décision du département de la Somme porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale du fait de sa carence dans l'accomplissement de sa mission à l'égard des mineurs ;

- elle est âgée de moins de dix-huit ans et le département de la Somme a porté une appréciation manifestement erronée sur sa qualité de mineure isolée dès lors que l'évaluation sociale réalisée par France Terre d'Asile le 7 novembre 2023, qui ne lui a pas été communiquée, est irrégulière au regard des dispositions de l'arrêté du 20 novembre 2019 pris en application de l'article R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles, de sorte qu'elle doit être écartée des débats ; qu'il n'est pas établi que cette évaluation revêt un caractère pluridisciplinaire, que les évaluateurs ont été formés, qu'un interprète était présent, que les objectifs et enjeux de l'évaluation ont été rappelés, et que les six points d'entretien prévus par l'arrêté précité ont été abordés ;

- elle produit un acte d'état civil camerounais qui est admis sans légalisation sur le territoire français et qui ne comporte aucun élément de nature à remettre en cause son authenticité ; il existe une présomption d'authenticité d'un tel acte en vertu de l'article 47 du code civil ; elle dispose également d'une carte consulaire et a déposé une demande de passeport auprès du consulat camerounais.

Le département de la Somme a produit des pièces enregistrées le 20 novembre 2023.

Le préfet de la Somme a produit des observations le 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Galle en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, juge des référés ;

- les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, représentant Mme A, absente, qui conclut aux memes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que Mme A, qui est en France depuis quelques semaines, n'a aucune solution d'hébergement, qu'aucune mention du rapport d'évaluation ne remet en cause l'authenticité de son acte d'état-civil, de sorte que cet acte suffisait à établir sa minorité, que la circonstance qu'elle se soit trompée sur sa date de naissance durant l'entretien constitue un élément subjectif insuffisant pour retenir son absence de minorité, qu'elle n'a jamais affirmé avoir 18 ans, que l'évaluation est irrégulière dans la forme dès lors que la formation des évaluateurs n'est pas démontrée, qu'il n'existe pas de prevue suffisante que les objectifs et enjeux de l'entretien ont été exposés, que la production d'une carte consulaire permet de retenir un faisceau d'indices en faveur de sa minorité, qu'en raison du doute sur son âge, ce doute doit lui profiter, que son acte de naissance n'a pas été soumis pour étude au service fraude de la préfecture ;

- les observations de Mme B, représentant le département de la Somme, qui conclut au rejet de la requête, en soutenant que la sanction des éventuelles irrégularités relevées dans la procédure d'élaboration du rapport d'évaluation ne relèvent pas de l'office du juge du référé liberté ; qu'en l'espèce, les mentions du rapport d'évaluation doivent être regardées comme suffisantes pour établir notamment que l'information donnée à l'intéressée au début de l'entretien a été suffisante ; que le rapport est signé par son auteur ; que compte tenu des incohérences dans le récit de Mme A lors de l'entretien du 7 novembre 2023, l'évaluateur n'a pas estimé nécessaire de faire procéder à une analyse du document d'état civil produit ; que l'acte de naissance produit à l'instance n'est pas légalisé en bonne et due forme, que la carte consulaire produite par la requérante semble concerner une autre personne que celle photographiée par l'évaluateur de France Terre d'Asile, qu'aucun élément ne permet de rattacher l'acte de naissance produit à la requérante.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au département de la Somme de procéder à son hébergement dans une structure agréée pour la protection de l'enfance et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens dans un délai de vingt-quatre heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu'à ce que l'autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne le cadre juridique :

4. L'article 375 du code civil dispose que : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public () ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier :

/ () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article 373-5 de ce code : " A titre provisoire mais à charge d'appel, le juge peut, pendant l'instance, soit ordonner la remise provisoire du mineur à un centre d'accueil ou d'observation, soit prendre l'une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. / En cas d'urgence, le procureur de la République du lieu où le mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera la mesure. () ".

5. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre ; / () / 3° Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs mentionnés au 1° du présent article ;

/ 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation, en collaboration avec leur famille ou leur représentant légal ; / () ". L'article

L. 222-5 du même code dispose que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / () / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ". L'article L. 223-2 de ce code dispose que : " Sauf si un enfant est confié au service par décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. / En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement par le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / () Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil ". L'article R. 221-11 du même code dispose que : " I. - Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours, à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 223-2. / II. - Au cours de la période d'accueil provisoire d'urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d'évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. () / IV. - Au terme du délai mentionné au I, ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 et du second alinéa de l'article 375-5 du code civil. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge tant que n'intervient pas une décision de l'autorité judiciaire. / S'il estime que la situation de la personne mentionnée au présent article ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions des articles L. 222-5 et R. 223-2. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I prend fin ". Le même article dispose que les décisions de refus de prise en charge sont motivées et mentionnent les voies et délais de recours.

6. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux autorités du département, le cas échéant dans les conditions prévues par la décision du juge des enfants ou par le procureur de la République ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Il en résulte également que, lorsqu'il est saisi par un mineur d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance, le président du conseil départemental peut seulement, au-delà de la période provisoire de cinq jours prévue par l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles, décider de saisir l'autorité judiciaire mais ne peut, en aucun cas, décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire l'ait ordonné. L'article 375 du code civil autorise le mineur à solliciter lui-même le juge judiciaire pour que soient prononcées, le cas échéant, les mesures d'assistance éducative que sa situation nécessite. Lorsque le département refuse de saisir l'autorité judiciaire à l'issue de l'évaluation mentionnée au point 5 ci-dessus, au motif que l'intéressé n'aurait pas la qualité de mineur isolé, l'existence d'une voie de recours devant le juge des enfants par laquelle le mineur peut obtenir son admission à l'aide sociale rend irrecevable le recours formé devant le juge administratif contre la décision du département.

8. Il appartient toutefois au juge du référé, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'il lui apparaît que l'appréciation portée par le département sur l'absence de qualité de mineur isolé de l'intéressé est manifestement erronée et que ce dernier est confronté à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité, d'enjoindre au département de poursuivre son accueil provisoire.

9. Enfin, l'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte

lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

En ce qui concerne la demande de Mme A :

10. Il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante camerounaise se disant née le 12 mai 2007, est arrivée en France en 2023 et a bénéficié, le 30 octobre 2023, d'un accueil provisoire d'urgence par le département de la Somme. A la suite du rapport d'évaluation éducative et sociale dont elle a fait l'objet le 8 novembre 2023, le président du conseil départemental a pris une décision lui refusant le bénéfice de la protection de l'enfance à raison de sa majorité. Il a été mis fin à sa prise en charge le 9 novembre 2023.

11. Le premier compte-rendu d'entretien daté du 31 octobre 2023 réalisé au début de la prise en charge de Mme A et le rapport d'évaluation éducative et sociale établi le 8 novembre suivant par l'association France Terre d'asile ont été produits devant le juge des référés. Il ressort de l'évaluation réalisée par France Terre d'asile que les incohérences du récit de Mme A quant à son âge lors du décès de son père et de la fin de sa scolarité, qui impliquaient selon les propres déclarations de l'intéressée une naissance en 2005 et non en 2007, ainsi que le caractère approximatif et lacunaire du récit de son parcours migratoire, n'ont pas permis de former un ensemble cohérent en faveur de la minorité de l'intéressée. Il résulte de cette évaluation que Mme A a ainsi déclaré que le décès de son père était intervenu en 2015 alors qu'elle vivait à Douala avec sa mère et son père. Elle a également précisé lors de l'entretien mené pour cette évaluation qu'elle avait 10 ans au décès de son père, et qu'elle avait arrêté l'école primaire en 2016 à l'âge de 11 ans, à la suite du décès de son père. Elle avait également précisé dès l'entretien du 31 octobre 2023 que son père était décédé en 2015, qu'elle est allée à l'école jusqu'à l'âge de 11 ans et qu'elle avait " arrêté l'école " " quand son papa est décédé ". Aucune de ces déclarations ne permet d'accréditer la date de naissance du 12 mai 2007 dont Mme A se prévaut, alors même que l'intéressée a fait valoir durant l'entretien du 30 novembre, sur la sollicitation de l'évaluateur, s'être " trompée " dans les dates, tout en alléguant détenir l'original de son acte de naissance depuis au moins plusieurs mois, puisque ce document lui aurait été confié par sa tante " avant son départ du Cameroun ", soit au moins depuis le mois de juillet 2023. Par ailleurs, pour conclure à la majorité de l'intéressée, le rapport d'évaluation éducative et sociale a mis en évidence, d'une part, les contradictions de son récit lors de l'entretien qui a été réalisé en langue française, et au cours duquel l'intéressée a précisé avoir fréquenté une école franco-arabe durant six ans, notamment en ce qui concerne la chronologie de son parcours, et, d'autre part, le caractère très approximatif des repères temporels dans son récit, et le caractère peu crédible de ses déclarations, notamment lorsqu'elle a déclaré ne pas savoir qui a financé son parcours migratoire, lequel a été marqué par une traversée de la Méditerranée en bateau avec d'autres migrants. Si la requérante précise également que son père ne l'ayant pas reconnue à la naissance, il est normal que l'acte de naissance qu'elle a produit n'indique pas le nom de son père mais seulement celui de sa mère, elle n'explique pas les raisons pour lesquelles son père aurait malgré tout vécu avec sa mère et elle à Douala entre 2007 et 2015, date du décès de son père. Enfin l'acte de naissance de l'intéressée, établi le 1er juin 2007 par l'officier d'état civil de la commune urbaine d'arrondissement de Douala II, produit par Mme A en original lors de son évaluation, et sous la forme d'une copie certifiée conforme établie le 13 novembre 2023 par l'ambassade du Cameroun à Paris à l'appui de sa requête en référé, ne comporte aucune photographie et aucun des autres documents produits ne contient d'élément d'identification permettant de relier cet acte de naissance à sa personne. A cet égard, la carte consulaire produite au dossier et datée également du 13 novembre 2023, supporte une photographie montrant une personne qui apparait différente de celle photographiée lors de l'entretien réalisé par France Terre d'Asile six jours plus tôt, et la pré-demande de passeport formée en ligne le 13 novembre 2023 auprès de l'ambassade du Cameroun ne comporte pas davantage d'éléments permettant de relier l'acte de naissance produit à Mme A.

12. Il s'ensuit que la requérante, qui ne peut utilement se prévaloir des irrégularités qui entacheraient les conditions d'élaboration du rapport d'évaluation éducative et sociale dont elle a fait l'objet, ne fournit aucune pièce ou élément conduisant à remettre en cause les appréciations précises et circonstanciées sur lesquelles s'est fondé l'auteur de son évaluation éducative et sociale. Dans ces conditions, l'appréciation portée par le département de la Somme sur l'absence de qualité de mineure isolée de Mme A n'apparaît pas, en l'état de l'instruction et dans le cadre de l'office particulier du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, comme manifestement erronée et ne révèle, à la date de la présente ordonnance, au vu de la situation de l'intéressée, pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il s'ensuit que la requête de Mme A tendant à sa prise en charge en qualité de mineure isolée par le département de la Somme dans l'attente de la décision du juge des enfants, saisi le 17 novembre 2023, en vue de son placement à l'aide sociale à l'enfance, doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence.

13. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A, au département de la Somme, et à Me Tourbier.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle et au préfet de la Somme.

Fait à Amiens, le 21 novembre 2023.

La juge des référés,

Signé :

C. Galle

La greffière

Signé :

S. Grare

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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