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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2303969

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2303969

lundi 15 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2303969
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU3
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de renouveler son attestation de demande d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'illégalité dès lors que la préfète n'étant pas en situation de compétence liée pour refuser le renouvellement de l'attestation de demande d'asile en cas de recours devant la cour nationale du droit d'asile contre une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides statuant en procédure accélérée, elle aurait dû l'autoriser à se maintenir sur le territoire français afin de présenter ses observations orales devant la cour nationale du droit d'asile, compte tenu de l'importance de l'oralité de la procédure devant cette dernière, des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine et de ce que sa sœur a obtenu le bénéfice de la protection internationale ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses parents et sa sœur, laquelle s'est vue accorder le bénéfice de la protection internationale, résident sur le territoire français, qu'il craint pour sa vie en cas de retour en Géorgie et qu'il souhaite apporter ses observations orales devant la cour nationale du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que la mesure d'éloignement aura pour conséquence de perturber la scolarité de son enfant mineur, qui a par ailleurs retrouvé en France ses grands-parents et sa tante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2023.

La présidente du tribunal a désigné Mme Minet pour se prononcer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Minet, magistrate désignée,

- et les observations Me Pereira, avocate de M. C, assisté de Mme D, interprète, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 1er novembre 1984, déclare être entré sur le territoire français le 24 mai 2023. Sa demande d'asile a été rejetée le 4 octobre 2023 par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides statuant en procédure accélérée. Par un arrêté du 2 novembre 2023, la préfète de l'Oise a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Géorgie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions internationales, législatives et réglementaires sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L.542-1 et L.542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'étranger, qui provient, comme c'est le cas en l'espèce, d'un pays considéré comme sûr et qui demande l'asile, a le droit de séjourner sur le territoire français jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui a été notifiée régulièrement par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et que le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin une fois cette notification intervenue, alors même que la cour nationale du droit d'asile ne se serait pas prononcée sur un recours dirigé contre la décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la préfète aurait dû, en l'espèce, lui permettre de se maintenir sur le territoire français dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile afin qu'il puisse y présenter ses observations orales.

5. En troisième lieu, si M. C se prévaut d'attaches familiales durables sur le territoire français, notamment la présence de ses parents et de sa sœur qui s'y serait vue accorder le bénéfice de la protection internationale, il n'apporte aucun élément de preuve au soutien de ses allégations. Par ailleurs, il ne démontre, ni même n'allègue être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'ils soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Si M. C soutient que l'arrêté attaqué a pour effet de perturber la scolarité de son fils mineur, inscrit en petite section de maternelle, il ne démontre, ni même n'allègue que sa scolarité ne pourrait pas se poursuivre en Géorgie. Par ailleurs, s'il fait valoir que l'arrêté aurait pour effet de le séparer de ses grands-parents et de sa tante qui résident en France, il n'apporte, comme il a été dit au point 5, aucun élément permettant d'établir la présence de ces proches sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors que, par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle la préfète de l'Oise a fixé la Géorgie comme pays de destination de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet méconnait les stipulations citées au point précédent.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. Minet

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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