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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304003

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304003

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMESTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2023, Mme A D épouse C, représentée par Me Mestre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) à défaut, d'enjoindre à la préfète de l'Oise, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de procéder au réexamen de sa situation et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen complet de son dossier ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 24 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Beaucourt, conseillère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D épouse C, ressortissante algérienne née le 23 septembre 1992, déclare être entrée en France le 11 juillet 2016, sous couvert d'un visa Schengen de type C valable jusqu'au 9 août 2016. Par un arrêté du 19 octobre 2023, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

3. Il est constant que Mme D entrée en France au mois de juillet 2016, soit plus de sept ans à la date de l'arrêté attaqué, qu'elle s'est mariée, le 21 août 2021, avec un compatriote, titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'au 11 septembre 2024 et que de leur union est né un enfant, le 3 juillet 2021. S'il est vrai, ainsi que le fait valoir la préfète de l'Oise en défense, que la requérante n'établit pas l'antériorité de la relation qu'elle affirme entretenir avec son conjoint depuis " l'année 2016 ", l'étude attentive des pièces du dossier témoigne toutefois de ce que les deux époux partagent une communauté de vie stable remontant, au plus tard au mois de mai 2020. Ainsi, et quand bien même l'intéressée peut bénéficier du dispositif de regroupement familial, la préfète de la Somme, a, en prenant l'arrêté attaqué, porté dans les circonstances particulières de l'espèce une atteinte disproportionnée au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale et, par suite, méconnu les stipulations précitées.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les décisions du 19 octobre 2023 de la préfète de l'Oise portant refus de délivrance d'une carte de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent être annulées, ainsi que, par voie de conséquence, celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Compte tenu de son motif, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que soit délivré le titre de séjour sollicité par Mme D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Oise d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il résulte des dispositions combinées des articles 37, 43 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ainsi que des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de condamner à son profit la partie perdante qu'au paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat. L'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

7. Mme D n'établit, ni même n'allègue, avoir exposé des frais autres que ceux pris en charge par l'État au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par la décision du 24 janvier 2024. Dans ces conditions, les conclusions qu'elle présente à son profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 octobre 2023 de la préfète de l'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " à Mme D dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, à la préfète de l'Oise et à Me Mestre.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

P. BEAUCOURTLe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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