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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304054

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304054

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait, dès lors que c'est à tort qu'il indique que son oncle, ressortissant français, est en situation irrégulière sur le territoire français ;

- il méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2024 à 12h00.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;

- et les observations de Me Pereira représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 20 juin 2002 est entré sur le territoire français le 4 février 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 11 mai 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pluriannuel sur le fondement des dispositions du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 octobre 2023, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de l'Oise a notamment retenu que l'oncle de M. B, présent en France, est en situation irrégulière et a vocation à quitter le territoire français, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que ce dernier est de nationalité française, cette erreur de fait est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que cette seule circonstance n'ouvre aucun droit au séjour au requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, la préfète de l'Oise a retenu que l'intéressé ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser en séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.

5. M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, où il réside depuis ses quatorze ans, ainsi que de la circonstance qu'il y a suivi toute sa scolarité jusqu'à l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle en juin 2020 et sa réussite intermédiaire en baccalauréat professionnel en juillet 2021. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France de sa mère, de sa sœur et de son frère, il ressort des pièces du dossier que ces derniers ne disposent pas d'un droit au séjour, sa mère ayant de surcroît déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et son frère d'un refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches en Algérie, où il a vécu jusqu'au mois de février 2016. En outre, s'il se prévaut de la présence de son oncle, ressortissant français, qui avait été désigné, par acte de kafala, comme bénéficiaire de droit de son recueil légal, il n'établit pas l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec ce dernier depuis sa majorité. Il ne justifie pas non plus l'ancienneté et la stabilité de sa relation avec sa compagne, ressortissante française, avec laquelle il affirme s'être marié religieusement le 21 octobre 2023. Enfin, s'il se prévaut de sa volonté de s'insérer professionnellement, cette circonstance n'est pas suffisante pour établir une intégration ancienne, intense et stable dans la société française. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, et en dépit de la durée de son séjour effectué dans des conditions irrégulières depuis sa majorité, la préfète de l'Oise n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme C et Mme Parisi, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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