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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304061

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304061

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2023, M. B D, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Pereira sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait au regard de sa situation personnelle et familiale, dès lors que ses deux enfants ainsi que la mère de ces derniers résident sur le territoire français et bénéficient de la protection fonctionnelle ;

- cette erreur de fait démontre un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le

13 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Demurger, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 30 mars 1983, déclare être entré sur le territoire français le 30 novembre 2022. Le

28 décembre 2022, il a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 31 mars 2023, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 25 octobre 2023. Par un arrêté du 8 novembre 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les éléments que la préfète a pris en considération, notamment la circonstance que M. D déclare être entré sur le territoire français le 30 novembre 2022 et que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la cour nationale du droit d'asile le 25 octobre 2023. Le requérant fait valoir que l'arrêté mentionne à tort qu'il ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français, alors que ses deux enfants résident en France avec leur mère, laquelle s'est vu accorder la qualité de réfugié. Toutefois, la préfète de l'Oise fait valoir, sans être contredite, que M. D n'a jamais fait part à l'administration de la naissance de ses jumeaux ni du fait qu'il vivait en concubinage avec leur mère, Mme A, ressortissante congolaise bénéficiant de la qualité de réfugié. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait ni d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale.

3. En deuxième lieu, M. D soutient que, en affirmant qu'il ne justifiait pas " entrer dans une catégorie de ressortissant étranger pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ", la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur de droit. Toutefois, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut dès lors qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que M. D est père de jumeaux, nés le 18 août 2023 de sa relation avec Mme A, ressortissante congolaise bénéficiant de la qualité de réfugié, le requérant se borne à affirmer, sans produire aucune pièce justificative, que, si sa compagne et ses enfants sont hébergés dans un foyer auquel il n'a pas accès, il voit ces derniers tous les week-ends, qu'il fait les courses, se rend aux rendez-vous médicaux et recherche un logement pour l'ensemble de la famille. Dans ces conditions, M. D ne justifie pas d'une vie privée et familiale sur le territoire français, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. D ne justifie pas de l'intensité des liens qui l'unissent à ses enfants, ni l'existence d'une contribution effective à leur entretien et à leur éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Pereira et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

La présidente,

signé

F. Demurger

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2304061

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