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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304096

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304096

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2023, M. C A B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Homehr, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de son auteur en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il souhaite poursuivre sa vie sur le territoire français ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il est père de trois enfants dont il a la charge, lesquels sont scolarisés sur le territoire français et seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il craint pour sa vie ainsi que celle de sa famille en cas de retour dans son pays d'origine en raison du risque qu'il soit retrouvé par l'ex-mari de sa compagne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Le rapport de Mme Demurger, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le

12 décembre 1990, est entré sur le territoire français le 13 octobre 2022. Le 26 octobre 2022, il a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 27 janvier 2023, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 10 juillet 2023. Par un arrêté du 31 octobre 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée

d'un an.

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Somme a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré récemment sur le territoire français en 2022, accompagné de sa concubine et de ses trois enfants, dont les demandes d'asile ont également été rejetées, et qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce que sa famille l'accompagne en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. La seule circonstance tirée de ce que M. A B souhaite poursuivre sa vie sur le territoire français, où l'intéressé reconnaît lui-même n'avoir aucune attache, n'est pas suffisante à établir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. D'une part, si M. A B se prévaut de ce que ses trois enfants sont scolarisés sur le territoire français, rien ne s'oppose à ce que ces derniers poursuivent normalement leur scolarité dans leur pays d'origine. D'autre part, si M. A B soutient que ses enfants, dont les demandes d'asile ont par ailleurs été définitivement rejetées, seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, cette circonstance n'est pas démontrée. Dans ces conditions, et alors qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce que sa concubine et ses enfants l'accompagnent en République démocratique du Congo, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. A B soutient qu'il craint pour sa vie ainsi que celle de sa famille en cas de retour dans son pays d'origine en raison du risque qu'il soit retrouvé par l'ex-mari de sa compagne, cette circonstance n'est pas démontrée. Par suite, l'intéressé, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par la cour nationale du droit d'asile, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A B doivent être rejetées, y compris celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Homehr et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

La présidente,

signé

F. Demurger La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2304096

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