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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304130

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304130

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantLEBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 30 novembre 2023, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Amiens le 30 novembre 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif d'Amiens, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. D A.

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2023 au greffe du tribunal de Versailles, M. D A représenté par Me Lebon, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant l'instruction de sa demande ;

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation en ce qui concerne l'existence d'une menace à l'ordre public ;

- il est entaché d'erreurs de fait dès lors qu'il n'a pas été condamné et doit être considéré comme innocent des faits qui lui sont reprochés ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- qu'il peut prétendre à la régularisation de sa situation en qualité d'étranger arrivé avant l'âge de 13 ans en France et y ayant résidé régulièrement ;

- que le motif tiré de ce qu'il se maintient en France sans être titulaire d'un titre de séjour est illégal dès lors qu'il a cherché à régulariser sa situation en demandant un rendez-vous avant l'expiration de son titre de séjour le 9 novembre 2020 et qu'il a effectué de multiples démarches depuis ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, vice-présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 novembre 2001, est entré sur le territoire français en 2012 selon ses déclarations. Un document de circulation pour étranger mineur lui a été délivré le 14 décembre 2017, valable jusqu'au 9 novembre 2020. Le 20 novembre 2023, M. A a été interpellé par les services de police pour détention, offre, cession, acquisition et transport de stupéfiants et placé en garde à vue le même jour. Par un arrêté du 22 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à sa frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de d'un an.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A s'est maintenu en France sans être titulaire d'un titre de séjour. Il précise les éléments de la situation personnelle que le préfet a pris en considération pour l'édicter et indique notamment les éléments ayant conduit l'autorité préfectorale à retenir que son comportement constitue un trouble à l'ordre public. La décision portant refus de délai de départ volontaire précise que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, qu'il n'a pas présenté de passeport valide, qu'il ne peut justifier d'un domicile fixe en France. En outre, en indiquant que M. A, de nationalité guinéenne, n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Guinée, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, la décision interdisant à M. A de retourner sur le territoire français vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la date d'entrée sur le territoire français de l'intéressé, la nature de ses attaches en France, la circonstance qu'il se maintenait irrégulièrement en France et celle que son comportement représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

2. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. A n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

3. En troisième lieu, M. A se prévaut d'une présence sur le territoire depuis l'âge de 12 ans, d'une vie pressionnelle et familiale tant avec sa mère et sa tante depuis son arrivée sur le territoire français qu'avec sa concubine Mme C B, ressortissante française, avec laquelle il aurait noué une relation sentimentale depuis plusieurs années et de son insertion attestée par sa scolarité en France et par le fait qu'il a eu plusieurs expériences professionnelles. Il ressort toutefois des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police le 21 novembre 2023, M. A a déclaré qu'il ne vit pas de manière stable et régulière chez Mme B mais qu'il vit chez des connaissances ou chez sa mère, sans avoir de domicile fixe. Aucune pièce ne vient d'ailleurs démontrer la stabilité et la réalité de la relation de concubinage alléguée par le requérant. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'intéressé a fait l'objet de 21 signalements entre le 16 octobre 2018 et le 9 juillet 2023 pour des faits notamment d'usage de produits stupéfiants, de violences, de recel, d'usurpation d'identité, d'agression sexuelle, et de conduite de véhicule sans permis. En se bornant à soutenir qu'il n'a pas été pénalement condamné pour de tels faits et qu'il doit être considéré comme innocent de ces faits, le requérant ne conteste pas sérieusement leur matérialité. En outre, M. A a déclaré lors de son audition du 21 novembre 2023 qu'il a été condamné pour des faits de " séquestration et trafic de stupéfiants ", qu'il a purgé une peine de " 29 mois de détention " et que son contrôle judiciaire a pris fin en septembre 2023. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé le 20 novembre 2023 dans le cadre d'une enquête pour détention de stupéfiants. Ainsi, eu égard au caractère récent et répété des faits relevés par l'arrêté attaqué, le préfet de l'Essonne n'a pas fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce en estimant que le séjour en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. Si l'intéressé soutient qu'il a travaillé, il ne produit qu'un contrat de travail établi le 6 février 2023 mentionnant simultanément une durée " déterminée " et une durée " indéterminée " selon ses articles, une convention de " mise en situation en milieu professionnel " pour la période du 22 juillet au 22 septembre 2023, et ne produit aucun bulletin de salaire. Dans ces conditions, et en dépit de la présence de sa mère sur le territoire avec laquelle il n'établit pas entretenir des liens d'une particulière intensité, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du préfet de l'Essonne méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. A n'est pas davantage fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En quatrième lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir, pour les motifs exposés au point qui précède, que le préfet de l'Essonne aurait entaché son arrêté d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation en retenant que son comportement constituait une menace à l'ordre public.

5. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ".

6. Si M. A soutient être entré sur le territoire français en 2012, lorsqu'il était âgé de treize ans, au titre du regroupement familial, et y résider de façon continue depuis cette date et avoir suivi en France toute sa scolarité, les éléments versés au dossier ne permettent pas de tenir pour établies de telles allégations. Si M. A produit des certificats de scolarité pour la période de 2014 à 2017, et divers documents concernant ses activités professionnelles pour l'année 2023, il ne verse au dossier aucun document pour justifier de sa présence en France durant les années 2018 à 2022 inclus excepté la preuve d'un rendez-vous à la préfecture en 2020. La circonstance, relevée par l'arrêté attaqué, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits commis entre 2018 et 2023 ne peut en outre suffire à attester de ce qu'il aurait résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du préfet de l'Essonne méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 611-3, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En sixième lieu, M. A ne peut utilement soutenir, à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, que cette dernière est illégale au motif qu'il entre dans les catégories d'étrangers pouvant bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces dispositions ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En septième lieu, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide la reconduite à la frontière d'un étranger en situation irrégulière se trouvant dans l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, l'intéressé ne doit pas relever de l'une des catégories d'étrangers mentionnés à l'article L. 611-3, qui ne peuvent faire l'objet ni d'une obligation de quitter le territoire français ou ne doit pas avoir acquis, postérieurement au dépôt de sa demande de titre de séjour, et au plus tard à la date de l'entrée en vigueur de la mesure d'éloignement, un droit à la délivrance d'un titre de séjour.

9. M. A entre dans le champ d'application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne démontre pas la régularité de son entrée en France et s'est maintenu en France irrégulièrement sans solliciter de titre de séjour. Il résulte des principes rappelés au point précédent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la circonstance qu'à la suite d'une première demande de titre de séjour classée sans suite en 2020 en raison du caractère incomplet de son dossier, il a effectué une seconde demande de rendez-vous auprès du préfet de l'Essonne par courriel le 24 juillet 2023, faisait obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement jusqu'à ce que cette autorité se soit prononcée. D'autre part, le requérant n'entre pas dans la catégorie des étrangers visés à l'article L. 611-3, 2° ainsi qu'il a été dit au point 5 et n'établit pas pouvoir bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur un autre fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, est entaché d'une erreur de droit à ce titre.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à D A, à Me Lebon et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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