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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304145

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304145

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOMMELET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2023, M. B C, représenté par Me Pommelet, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mai 2023 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer une autorisation de travail ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus d'autorisation de travail qui lui a été opposé ne lui a jamais été notifié si bien que ses conclusions à fin d'annulation de ce refus sont recevables ;

- ce refus a été pris par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire bénéficiait d'une délégation de signature ;

- ce refus est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- ce refus méconnaît les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail dès lors que la rémunération qui lui était proposée était supérieure au salaire minimum de croissance ;

- ce refus méconnaît les dispositions de l'article R. 5221-20 du code du travail ainsi que les dispositions de la circulaire du ministre de l'intérieur et du ministre du travail du 12 juillet 2021 relative aux travailleurs étrangers et aux autorisations de travail dès lors que la préfète ne pouvait légalement, s'agissant d'une demande d'autorisation liée à un changement d'employeur au cours de la période de validité de son titre de séjour, lui opposer la circonstance qu'il ne justifie pas que son emploi nécessiterait un savoir-faire rare, ou stratégique pour son entreprise, qu'il maitriserait à la différence des autres demandeurs d'emploi ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour a été pris par une autorité incompétente ;

- ce refus est insuffisamment motivé ;

- ce refus est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- ce refus est illégal en raison de l'illégalité du refus d'autorisation de travail qui lui a été opposé ;

- ce refus méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ainsi que celles de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ce refus méconnaît les dispositions des articles L. 425-1 et R. 425-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé plainte contre ses anciens employeurs pour traite des êtres humains ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il pouvait prétendre à un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-1 du même code ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de cette dernière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les observations de Me Pommelet, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant marocain né le 21 mai 1984, déclare être entré sur le territoire français le 7 décembre 2015, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a bénéficié de titres de séjour portant la mention " salarié " du 13 mars 2020 au 12 mars 2021 et du 18 novembre 2021 au 17 novembre 2022. Le 30 novembre 2022, il a déposé une demande d'un nouveau titre de séjour portant la mention " salarié ". Par une décision du 30 mai 2023, la préfète de l'Oise a rejeté la demande d'autorisation de travail présentée par la société O'Discount le concernant. Par un arrêté du 20 novembre 2023, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté ainsi que de ce refus d'autorisation de travail.

Sur la légalité du refus d'autorisation de travail du 30 mai 2023 :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D A, inspectrice du travail, laquelle disposait pour ce faire d'une délégation de signature en date du 22 avril 2021 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, accordée par le préfet du Pas-de-Calais lui-même compétent en application d'une convention de gestion passée avec la préfète de l'Oise publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du Pas-de-Calais du 6 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. C n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : 1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; / b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ; / 2° S'agissant de l'employeur mentionné au II de l'article R. 5221-1 du présent code : / a) Il respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité ; / b) Il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour le motif de travail illégal tel que défini par l'article L. 8211-1 ou pour avoir méconnu des règles générales de santé et de sécurité en vertu de l'article L. 4741-1 et l'administration n'a pas constaté de manquement grave de sa part en ces matières ; / c) Il n'a pas fait l'objet de sanction administrative prononcée en application des articles L. 1264-3, et L. 8272-2 à L. 8272-4 ; / 3° L'employeur, l'utilisateur ou l'entreprise d'accueil et le salarié satisfont aux conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée, quand de telles conditions sont exigées ; / 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil ; / () ".

5. M. C ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de la méconnaissance, par la décision attaquée, des dispositions citées au point précédent ainsi que de celles de la circulaire du ministre de l'intérieur et du ministre du travail du 12 juillet 2021 relative aux travailleurs étrangers et aux autorisation de travail, qui n'a de surcroit pas été régulièrement publiée, dès lors que le refus qui lui a été opposé est uniquement fondé sur la circonstance, non contestée, que la société O'Discount n'a pas complété son dossier en fournissant les informations relatives aux caractéristiques du poste proposé, malgré la demande en ce sens de l'administration, et n'a donc pas mis cette dernière en mesure de vérifier le respect de la condition de rémunération minimale prévue au 4° de l'article R. 5221-20 précité du code du travail.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation du refus d'autorisation de travail du 30 mai 2023.

Sur la légalité du refus de délivrance d'un titre de séjour :

7. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 14 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

8. En deuxième lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. C vise les dispositions internationales, légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment l'article 3 de l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle de l'intéressé que la préfète a pris en considération, et notamment la circonstance qu'il ne justifie pas d'une autorisation de travail. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivé.

9. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation du refus de délivrance d'un titre de séjour ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. C n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. C n'est pas fondé à soutenir que le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé est illégal en raison de l'illégalité du refus d'autorisation de travail.

11. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 414-12 de ce même code : " La délivrance des cartes de séjour portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " et " travailleur saisonnier ", respectivement prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 421-34, est subordonnée à la détention préalable de l'autorisation de travail prévue aux articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".

12. Il résulte des stipulations et dispositions citées au point précédent que la préfète pouvait légalement refuser à M. C, qui ne disposait pas d'une autorisation de travail, la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 doit être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au terme d'une première année de séjour régulier en France accompli au titre d'un visa de long séjour tel que défini au 2° de l'article L. 411-1 ou, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 433-5, d'une carte de séjour temporaire, l'étranger bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle dès lors que : / () 2° Il continue de remplir les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. () ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que M. C ne remplissait plus les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire. Dès lors, la préfète pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour sans méconnaitre les dispositions citées au point précédent.

15. En septième lieu, la demande de délivrance d'un titre de séjour de M. C n'était pas fondée sur les articles L. 425-1 et R. 425-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète ait statué d'office sur ce fondement bien qu'elle ait noté que l'intéressé " ne justifi[ait] pas disposer d'un plein droit au séjour à un autre titre ". Dès lors, l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions à l'encontre du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.

16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour du 20 novembre 2023.

Sur la légalité des décisions obligeant M. C à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination :

17. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4° ".

18. Un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

19. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ". Aux termes de l'article R. 425-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée par le préfet territorialement compétent à l'étranger qui satisfait aux conditions définies à l'article L. 425-1. / () La demande de carte de séjour temporaire est accompagnée du récépissé du dépôt de plainte de l'étranger ou fait référence à la procédure pénale comportant son témoignage ".

20. Il résulte de ces dispositions que pendant toute la durée de la procédure pénale, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an est, sous réserve que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, délivrée de plein droit au ressortissant étranger qui a déposé plainte ou témoigne dans une procédure pénale contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre l'infraction visée à l'article 225-4-1 du code pénal de traite des êtres humains.

21. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté qu'à la date de la décision attaquée, une procédure pénale était en cours contre les anciens employeurs de M. C en raison notamment de faits constitutifs de l'infraction de traite des êtres humains visée à l'article 225-4-1 du code pénal dont il aurait été victime et que l'intéressé s'est constitué partie civile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a rompu tout lien avec ces personnes et qu'il doit être amené à témoigner dans le cadre de cette procédure. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à la date de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, il est fondé à soutenir que la décision du 20 novembre 2023 par laquelle la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit par suite être annulée, de même que, par voie de conséquence, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens qu'il présente à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

22. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

23. En application des dispositions citées au point précédent, l'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète de l'Oise réexamine la situation de M. C. Il y a lieu de l'enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois et de délivrer dans l'attente à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 20 novembre 2023 obligeant M. C à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Oise de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2304145

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