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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304146

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304146

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2304146 le 4 décembre 2023, M. B E, représenté par Me Pereira, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

Il soutient que :

- il est retraité et sa pension de retraite lui permet de subvenir aux besoins du couple ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 novembre 2023, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II./ Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2023 sous le n° 2304170, Mme A D, représentée par Me Pereira, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, et a décidé sa réadmission vers l'Espagne.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 janvier 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 novembre 2023, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle,

- et les observations de Me Pereira, pour M. E et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant espagnol, et son épouse Mme D, ressortissante marocaine, sont entrés en France en 2009 selon leurs déclarations. Par un arrêté du 10 octobre 2023, le préfet de la Somme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. E, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il peut être renvoyé. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Somme a également refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D, et a prononcé sa réadmission vers l'Espagne, pays où elle est légalement admissible. Les requérants demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Les requêtes n° 2304146 et 2304170 qui concernent la situation administrative des membres d'un couple, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions de la requête :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; ()/ 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ".

4. M. E soutient que son état de santé ne lui permet plus de travailler, que sa demande de retraite est " en cours " et que sa pension de retraite lui permet de subvenir aux besoins du couple. Toutefois, le requérant se borne à produire pour établir le montant de ses ressources un courrier du 4 mai 2023 indiquant un montant net mensuel de retraite de 13,07 euros, un courrier du 9 octobre 2023 mentionnant le versement d'une retraite complémentaire Agric-Arrco d'un montant annuel de 153,42 euros et des avis d'imposition sur les revenus perçus par le couple entre 2018 et 2022, dont le dernier ne fait apparaitre qu'un montant de 152 euros au titre des revenus issus de " pensions, retraites, et rentes ". Par suite, M. E n'établit pas qu'il dispose pour lui et sa famille, à la date des décisions attaquées, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale au sens des dispositions citées au point 3. Dès lors, à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. E et son épouse Mme D soutiennent résider en France depuis 2009 et n'avoir fait que des séjours ponctuels en Espagne afin de rendre visite à leur fille unique qui réside dans cet Etat, les requérants, qui établissent leur présence en France au cours des années 2013, 2015, 2016, 2019 et 2020, puis 2023, ne démontrent toutefois pas la continuité de leur séjour en France depuis l'année 2009, ni d'ailleurs, leur insertion sur le territoire français. Mme D est d'ailleurs titulaire d'un titre de séjour espagnol valide du 17 septembre 2020 au 6 mai 2025. Si M. E démontre avoir travaillé ponctuellement en France en intérim entre décembre 2018 et mai 2020, il ressort de son relevé de retraite espagnol que l'essentiel de sa carrière s'est déroulée en Espagne, pays dont il est ressortissant. Ainsi qu'il a été dit, le couple n'établit pas disposer de ressources suffisantes. Enfin, les requérants disposent d'attaches familiales en Espagne, où ils sont tous deux légalement admissibles, et où réside leur fille unique, chez qui ils indiquent séjourner régulièrement. S'ils se prévalent par ailleurs d'une forte présence familiale en France, la seule production, sans aucune précision, de plusieurs cartes nationales d'identité aux noms de personnes dont certaines portent le même nom que M. C ne suffit à démontrer ni l'existence d'un lien de parenté ni l'existence de relations stables et intenses avec les personnes mentionnées sur ces documents. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Somme a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale et le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle des deux requérants doit également être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 10 octobre 2023 du préfet de la Somme doivent être rejetées.

Sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle :

8. Aux termes de l'article 92 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat () choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".

9. La requête de Mme D enregistrée sous le n° 2304170 repose sur les mêmes faits que la requête n° 2304146, présentée par M. E, son époux, et comporte des prétentions similaires et des moyens présentés de manière identique. Comme son époux, Mme D bénéficie de l'aide juridictionnelle et est assistée par Me Pereira. Par suite, il y a lieu, dans la présente affaire, de réduire de 30 % la part contributive versée par l'Etat à Me Pereira.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. E et de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Pereira au titre de la requête n° 2304170.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme A D, au préfet de la Somme et à Me Pereira.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Richard, premier conseiller,

- M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe 15 février 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

J. Richard

La présidente-rapporteure,

Signé

C. GalleLe greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2304146 et 2304170

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