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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304205

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304205

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNAANAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023 sous le n° 2304205, M. B C, représenté par Me Naanai, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la production de l'entier dossier par l'administration ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'Etat aux dépens.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce que la préfète de l'Oise indique de manière erronée qu'il n'est pas en mesure de justifier d'un contrat de travail visé par les services compétents ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions prévues par le 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2023, après clôture de l'instruction et non communiqué, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

II. Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023 sous le n° 2304206, M. B C, représenté par Me Naanai, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la production de l'entier dossier par l'administration ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile à Creil pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Creil ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'Etat aux dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la préfète de l'Oise a méconnu son droit d'être entendu ;

- l'obligation de pointage trois fois par semaine entrave sa liberté et constitue une obligation difficile à respecter dans la mesure où il est toujours salarié ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait ;

- l'arrêté est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il doit repartir dans son pays d'origine ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations des articles 6 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 2 avril 1985, est entré sur le territoire français en 2011 selon ses déclarations. Il a sollicité le 29 avril 2022 un titre de séjour sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Le 5 décembre 2023, il a été placé en retenue administrative par les fonctionnaires de police de Beauvais pour vérification de son droit de circulation ou de séjour. Par les requêtes n° 2304205 et 2304206, M. C demande respectivement l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, d'autre part, de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de ce même département l'a assigné à résidence à son domicile à Creil pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2304205 et 2304206 ont été introduites par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement et des décisions fixant le délai de départ volontaire, le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignant l'intéressé à résidence. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 6 décembre 2023 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. C un titre de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais d'instance et aux dépens.

Sur les conclusions tendant à la production de l'entier dossier :

5. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

6. La préfète de l'Oise a produit, sous le n° 2304206, le dossier contenant les pièces sur la base desquelles elle a pris les arrêtés attaqués. Par suite, les conclusions de M. C tendant à la production de son dossier doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. D A, sous-préfet de Beauvais, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

9. En l'espèce, l'arrêté en litige vise et mentionne les textes dont il fait application, notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la préfète de l'Oise, qui n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, précise notamment que l'intéressé, compte tenu du rejet de sa demande de titre de séjour, entre dans le champ d'application des dispositions précitées et est donc susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et qu'il ne démontre pas relever de l'une des situations prévues à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

11. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour cite l'article 7 de l'accord franco-algérien modifié et mentionne que l'intéressé ne présente pas de visa de long séjour et ne présente pas de contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

12. En troisième lieu, si le requérant soutient que la préfète de l'Oise a commis une erreur de fait en indiquant qu'il n'est pas en mesure de justifier d'un contrat de travail visé par les services compétents, les trois contrats de travail qu'il produit à l'instance au soutien de ses allégations, conclus en 2015, 2017 et 2019, ne comportent pas le visa des services du ministre chargé de l'emploi. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit ainsi être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

14. Dès lors que sa demande de titre de séjour était présentée sur le fondement des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien modifié sur lequel elle s'est prononcée, la préfète de l'Oise n'était pas tenue d'examiner si M. C remplissait les conditions prévues par les stipulations du 1) de l'article 6 de cet accord. Si la préfète de l'Oise indique cependant que le requérant ne justifie pas disposer d'un plein droit au séjour à un autre titre, en tout état de cause M. C, pour établir ses allégations selon lesquelles il réside en France depuis 2011, ne produit au titre de cette année 2011 aucun justificatif et produit au titre de l'année 2012 deux justificatifs de transfert d'argent des 18 juin et 1er septembre 2012, au titre de l'année 2013 un titre exécutoire émis le 6 septembre 2013 par le groupe hospitalier du sud de l'Oise pour des soins du 4 juin 2013 ainsi que deux ordonnances médicales et une feuille de soins établies les

14 juin et 8 juillet 2013 et, au titre de l'année 2014, un avis de taxe d'habitation du 8 septembre 2014, au demeurant non adressé à ses nom et prénom, ainsi que deux justificatifs de transfert d'argent des 26 août et 10 septembre 2014. De tels documents ne permettent toutefois pas d'établir de manière suffisamment probante la réalité d'une présence continue du requérant sur le territoire français pour les années 2011 à 2014 et, ce faisant, que M. C réside en France habituellement depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions mentionnées au 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié et que la préfète de l'Oise aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. M. C soutient qu'il est présent sur le territoire français depuis 2011, qu'il y est bien inséré et intégré, qu'il travaille, qu'il est dépourvu de toute attache dans son pays d'origine et que sa vie privée et familiale se trouve en France. Il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé déclare être entré en France irrégulièrement en France en 2011, il ne justifie pas d'un séjour continu depuis cette date, en particulier entre 2011 et 2014 ainsi qu'il a été dit au point 14. Il justifie avoir travaillé à plusieurs reprises au cours de son séjour en France en produisant notamment des contrats de travail conclus en 2015, 2017 et 2019, ainsi que des bulletins de salaire, et exercer l'emploi d'aide boucher à Creil. Toutefois, outre que l'intéressé est célibataire sans charge de famille et réside de manière irrégulière sur le territoire français, l'intéressé n'établit pas qu'il serait dépourvu de toute attache familiale en Algérie, où résident sa mère et son petit frère, ainsi que cela ressort du procès-verbal de son audition du 5 décembre 2023 par les services de police. Par ailleurs, il ressort du même procès-verbal que le requérant est connu des services de police pour infraction aux stupéfiants en 2018 et conduite sans permis en 2020. Dans ces conditions, eu égard notamment à sa situation personnelle et familiale, la préfète de l'Oise ne peut être regardée en l'espèce comme ayant porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la mesure d'éloignement a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

17. Il résulte de ce qui a dit aux points 10 à 16 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ainsi que celles, non assorties de moyens, tendant à l'annulation des décisions portant refus de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français, doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

19. En premier lieu, dès lors que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie, M. C n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.

20. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article L.732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

22. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci mentionne les considérations de droit, en l'occurrence en citant l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les considérations de fait, notamment la circonstance que l'intéressé fait l'objet d'un arrêté du 6 décembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, sur le fondement desquelles la préfète de l'Oise a estimé que M. C pouvait être assigné à résidence. Par suite, la décision portant assignation à résidence est bien motivée conformément aux exigences prévues à l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

23. En quatrième lieu, si M. C soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ressort en tout état de cause du procès-verbal de son audition du 5 décembre 2023 relative à la vérification de son droit de circulation ou de séjour que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations sur la perspective notamment d'une mesure d'éloignement éventuellement assortie d'une assignation à résidence. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit ainsi et en tout état de cause être écarté.

24. En cinquième lieu, si le requérant soutient que la préfète de l'Oise a commis une erreur de fait, il n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, de sorte qu'il doit être écarté.

25. En sixième lieu, à supposer que M. C ait entendu invoquer la méconnaissance des articles 6 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ces moyens d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier leur bien-fondé. En tout état de cause, C a pu présenter son recours juridictionnel contre l'arrêté attaqué dans les délais de recours et été à même de présenter des conclusions et moyens pour en contester la légalité. Les moyens doivent ainsi être écartés.

26. En septième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la préfète de l'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il doit repartir dans son pays d'origine dès lors que la décision attaquée n'a pas un tel objet.

27. En huitième lieu, dès lors que M. C ne pouvait quitter immédiatement le territoire français mais que son départ constituait une perspective raisonnable, la préfète a pu légalement l'assigner à résidence. Si le requérant, célibataire sans charge de famille, soutient que l'obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat de Creil les lundi, mardi et vendredi matin est difficile à respecter au regard de sa situation professionnelle, par ses seules allégations il n'établit pas qu'il lui serait matériellement impossible de respecter les modalités de l'assignation à résidence pendant la durée de celle-ci, alors que l'intéressé réside et exerce son activité professionnelle à Creil et que l'arrêté attaqué ne précise pas d'horaire particulier pour satisfaire à l'obligation de présentation au commissariat de Creil. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

28. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions présentées par

M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à son domicile à Creil pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions afférentes à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige et en tout état de cause aux dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le jugement des conclusions de la requête n° 2304205 présentée par M. C tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et celles qui en sont l'accessoire, relatives aux fins d'injonction et d'astreinte et aux frais liés au litige et aux dépens, est renvoyé à la formation collégiale compétente du tribunal administratif d'Amiens.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2304205 et la requête 23004206 présentées par M. C sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Wavelet

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

2 et 2304206

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