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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304275

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304275

samedi 16 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSANGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 15 décembre 2023, M. E D, représenté par Me Sangue, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination d'exécution de la mesure d'éloignement, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle, ou, si sa demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- ces décisions ont été signées par une autorité incompétente, dès lors que l'existence d'une délégation de signature n'est pas établie et qu'il n'a pas été interpelé dans le département de l'Oise';

- elles sont entachées d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a été informé des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale lors de sa retenue administrative ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elle sont entachées d'un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation ;

- elle sont entachées d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que son droit à être entendu a été respecté, alors qu'il avait des éléments à faire valoir, et que ses droits à la défense ont été méconnus ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il dispose d'une adresse dans le département du Val de Marne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/32/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né le 5 mars 1986, est entré sur le territoire français le 22 mars 2023 muni d'un visa court séjour valable du 22 mars 2023 au 12 avril 2023. Par deux arrêtés du 11 décembre 2023, dont M. D demande l'annulation, la préfète de l'Oise, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an et d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. C A, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer notamment les décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () ". Selon R. 613-1 du même code : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. ".

6. Pour l'application de ces dispositions, le préfet du département dans lequel a été constatée l'irrégularité de la situation d'un étranger est compétent pour décider s'il y a lieu d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français. En l'espèce, et alors que le requérant se borne à alléguer qu'il n'est pas établi que l'irrégularité de son séjour aurait été constatée dans le département de l'Oise, il ressort des termes du procès-verbal 2023/000597 produit par la préfète de l'Oise en défense que l'irrégularité de la situation de M. D a été constatée lors de contrôles effectués à la barrière de péage Beauvais Nord sur l'autoroute A16 dans la commune de Beauvais, dans le département de l'Oise. Le moyen tiré de l'incompétence territoriale de la préfète de l'Oise doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

8. D'une part, l'arrêté attaqué, en tant qu'il oblige M. D à quitter le territoire français, vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 1° de son article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne que l'intéressé déclare être entré irrégulièrement sur le territoire le 22 mars 2023, et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière à l'expiration de son visa sans avoir accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation. D'autre part, l'arrêté attaqué, en tant qu'il refuse à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire, vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 3° de l'article L. 612-2 dont il fait application. L'arrêté mentionne qu'il existe un risque que M. D se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de son visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète de l'Oise s'est livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre et de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

10. En cinquième lieu, d'une part, aux termes des deuxième et troisième alinéas du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale : " Lorsqu'une personne présente une demande de protection internationale à une autorité compétente en vertu du droit national pour enregistrer de telles demandes, l'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrables après la présentation de la demande. / Si la demande de protection internationale est présentée à d'autres autorités qui sont susceptibles de recevoir de telles demandes, mais qui ne sont pas, en vertu du droit national, compétentes pour les enregistrer, les États membres veillent à ce que l'enregistrement ait lieu au plus tard six jours ouvrables après la présentation de la demande () ". Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article R. 521-4 du même code : " Lorsque l'étranger se présente en personne auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, des services de police ou de gendarmerie ou de l'administration pénitentiaire, en vue de demander l'asile, il est orienté vers l'autorité compétente. Il en est de même lorsque l'étranger a introduit directement sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sans que sa demande ait été préalablement enregistrée par le préfet compétent. Ces autorités fournissent à l'étranger les informations utiles en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile et dispensent pour cela la formation adéquate à leurs personnels ".

11. D'autre part, par son arrêt du 25 juin 2020, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit qu'il ressort des deuxième et troisième alinéas du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE que les " autres autorités " au sens de cette directive, au nombre desquelles figurent les services de la préfecture de l'Oise, sont tenues, d'une part, d'informer les ressortissants de pays tiers en situation irrégulière des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale et, d'autre part, lorsqu'un ressortissant a manifesté sa volonté de présenter une telle demande, de transmettre le dossier à l'autorité compétente aux fins de l'enregistrement de la demande. Par ce même arrêt, la Cour de justice a également dit pour droit, d'une part, que l'acquisition de la qualité de demandeur de protection internationale ne saurait être subordonnée ni à l'enregistrement ni à l'introduction de la demande, d'autre part, que le fait, pour un ressortissant d'un pays tiers, de manifester sa volonté de demander la protection internationale devant une " autre autorité ", au sens du deuxième alinéa du paragraphe 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE, suffit à lui conférer la qualité de demandeur de protection internationale.

12. M. D soutient que les informations relatives au dépôt d'une demande de protection internationale n'ont pas été portées à sa connaissance préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire sans délai qui lui a été notifiée. Toutefois, il ressort du procès-verbal d'audition sur la situation administrative de M. D, intervenue le 11 décembre 2023 à 10 h 10 et produit par la préfète de l'Oise en défense, que celui-ci a déclaré séjourner sur le territoire français afin de travailler et n'avoir pas déposé de demande d'asile en France ou à l'étranger. Par ailleurs, dans le cadre de la présente instance, M. D ne se prévaut d'aucun élément attestant d'une quelconque démarche en vue de la présentation d'une demande d'asile en France. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait entaché l'arrêté attaqué d'un vice de procédure en ne l'informant pas des modalités d'introduction d'une demande de protection internationale et aurait méconnu les stipulations du 1 de l'article 6 de la directive 2013/32/CE transposées par les articles L. 521-1 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : /- le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

14. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition suite à son interpellation le 11 décembre 2023 par les services de police, produit par la préfète de l'Oise en défense, que M. D a fait l'objet d'un examen de sa situation administrative avant que la préfète de l'Oise ne prenne les décisions attaquées, et que ses déclarations ont été ainsi prises en compte par l'autorité administrative, notamment sa date d'entrée en France, sa situation familiale et l'âge jusqu'auquel il a vécu dans son pays d'origine. Par ailleurs, si M. D soutient qu'il n'a pas pu faire valoir sa présence sur le territoire français depuis " plus de six ans " ainsi que sa " très bonne insertion sur le territoire ", il ressort des termes de l'arrêté attaqué et du procès-verbal d'audition sur la situation de M. D que celui-ci avait déclaré être entré en France le 23 mars 2023 et qu'il n'a pas accompli de démarches en vue de régulariser sa situation. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été prises à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

15. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. M. D soutient résider en France depuis plus de six ans, être parfaitement francophone et faire preuve d'une insertion parfaite dans la société française. Toutefois, et alors qu'au demeurant il ne justifie d'aucune de ses allégations, il ressort des pièces du dossier que M. D n'est entré en France que le 22 mars 2023, qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il a résidé dans son pays d'origine, où réside ses parents, son frère et une de ses sœurs, jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, dont il résulte que M. D ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire, la préfète de l'Oise aurait porté une atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme cité au point qui précède, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision par laquelle la préfète l'a obligé à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

17. En huitième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme n'est pas opérant au soutien de conclusions dirigées contre la décision portant refus d'un délai de départ volontaire.

18. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;() / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

19. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. D, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire français, en se fondant sur les cas prévus aux 2° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré France muni d'un visa court séjour, et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire à l'expiration de ce visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète aurait refusé tout délai de départ volontaire à M. D si elle s'était fondée sur ce seul motif et que l'intéressé ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, M. D doit être regardé comme entrant dans un cas où, en application des dispositions du 2° de l'article L. 612-3 du même code, la préfète pouvait légalement lui refuser, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

20. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". En outre, l'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

22. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

23. La décision attaquée se fonde sur la durée de présence ainsi que l'absence d'intégration en France de M. D, sur ses attaches privées sur le territoire français auprès de qui sa présence n'est toutefois pas indispensable, sur la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de menace particulière pour l'ordre public, ainsi que sur le fait qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, Par suite, la préfète de l'Oise a pris en compte, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre, l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

24. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que rien ne saurait justifier une interdiction d'un an, M. D n'assortit pas ce moyen des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 16 du présent jugement que M. D, qui, bien qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il n'ait jamais fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, n'est présent sur le territoire français que depuis huit mois à la date de la décision attaquée et ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France et, au demeurant, ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, la préfète de l'Oise, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a pas entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence :

25. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". En outre, l'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

26. Si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions citées au point précédent ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, les modalités de ces mesures susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Elles ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir, ni au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

27. La décision attaquée, qui porte assignation à résidence de M. D pour une durée de quarante-cinq jours sur le territoire de la commune de Beauvais et interdiction de sortir du département de l'Oise sans autorisation, lui fait obligation de se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de Beauvais. Or, il ressort des pièces du dossier, notamment des bulletins de salaire à son nom, courriers de la banque postale et de la personne attestant l'héberger, qu'il verse aux débats, que le requérant, ainsi qu'il l'a d'ailleurs déclaré lors de son audition par les services de police le 11 décembre 2023, justifie résider au 5 allée Auguste Renoir sur le territoire de la commune de Vitry-sur-Seine dans le département de la Val-de-Marne. Alors que M. D soutient, sans être contredit, ne disposer d'aucun quelconque lien ou domicile sur le territoire de la commune de Beauvais, la préfète de l'Oise a, en y assignant ce dernier, fait une inexacte application des dispositions et principes cités au point précédent.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête dirigé à l'encontre de cet arrêté. Le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête ne peut qu'être rejeté, eu égard aux motifs du présent jugement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

29. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai d'un an, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

30. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la préfète de l'Oise le versement de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise a assigné M. D à résidence est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Sangue une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à la préfète de l'Oise et à Me Sangue.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

J. PARISI

La greffière,

Signé

A. RIBIERE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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