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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304304

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304304

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304304
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2023 Mme C E B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités italiennes ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'est pas établi que les autorités italiennes ont été destinataires d'une demande de transfert ni qu'elles ont accepté le transfert ;

- il n'est pas établi que les autorités italiennes ont été destinataires d'une information relative à ses besoins médicaux du fait de sa grossesse à risque, en méconnaissance de l'article 32 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Le 15 décembre 2023, le préfet du Nord, a produit les pièces du dossier de Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément aux articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme Galle, vice-présidente,

- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant Mme B, qui s'en rapporte à l'instruction écrite.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante camerounaise née le 6 septembre 1983, s'est présentée à la préfecture de l'Oise le 30 août 2023, en vue de déposer une demande d'asile. Le 25 septembre 2023 les autorités italiennes ont été saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 13 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités italiennes ont donné leur accord implicite à la prise en charge de Mme B le 26 novembre 2023. Par un arrêté du 6 décembre 2023, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressée aux autorités italiennes.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme B a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 27 novembre 2023, publié le même jour au recueil n° 343 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D A, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile, à l'effet de signer, en particulier, les décisions de transfert. Le moyen d'incompétence du signataire de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que Mme B a demandé l'asile en France le 30 août 2023 et que les autorités italiennes, saisies par la France sur le fondement du paragraphe 13, paragraphe 1 de ce règlement, ont implicitement accepté de la prendre en charge le 26 novembre 2023. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est vu délivrer, lors d'un entretien individuel, le 30 août 2023, deux brochures d'informations en langue française, comprise lue et parlée par l'intéressée, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Le préfet du Nord produit une copie de chacune des brochures remises à la requérante portant la signature de l'intéressée. Ces deux brochures comportent l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions précitées. Ainsi, la requérante a reçu toutes les informations requises lui permettant de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été reçue en entretien individuel le 30 août 2023, au cours duquel elle s'est exprimée en langue française, langue comprise par l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'accusé de réception italien émanant du réseau Dublinet, que les autorités italiennes ont été saisies le 25 septembre 2023 d'une demande de prise en charge de Mme B. Elles avaient donc implicitement accepté cette prise en charge le 26 novembre 2023, en application de l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013, ainsi que l'a indiqué à bon droit l'autorité préfectorale dans la décision attaquée. Par suite le moyen tiré de ce qu'aucun accord des autorités italiennes n'est intervenu pour la prise en charge de Mme B doit être écarté.

8. En sixième lieu, si la requérante soutient que les autorités italiennes n'ont pas été destinataires d'informations médicales relatives à sa grossesse à risque, en méconnaissance de l'article 32 du règlement (UE) n° 604/2013, cette circonstance a trait à l'exécution de l'arrêté de transfert et reste sans incidence sur sa légalité. Au demeurant, Mme B, qui n'était pas présente lors de l'audience, ne fournit aucun document de nature à établir qu'elle est enceinte, et a déclaré lors de l'entretien n'avoir aucun problème de santé.

9. En septième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

10. Mme B soutient qu'elle ne sera pas prise en charge en Italie alors qu'elle est prise en charge en France où elle bénéficie des conditions matérielles d'accueil, et que ses problèmes de santé ne pourront être pris en charge en Italie. Toutefois, la requérante n'établit par aucun document la réalité de ses problèmes de santé, dont elle n'a pas fait état lors de son entretien à la préfecture. La seule circonstance que la requérante soit hébergée en France ne suffit pas à établir que le préfet aurait dû faire application des dispositions citées au point 9 pour l'autoriser à présenter sa demande d'asile en France. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doivent également être écartés pour les mêmes motifs.

11. En dernier lieu, la requérante n'apporte aucun élément de précision et de justification suffisant de nature à établir qu'à la date de la décision attaquée, l'Italie présente des défaillances systémiques dans l'accueil des demandeurs d'asile. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités italiennes. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E B, à Me Tourbier, et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La magistrate désignée

signé

C. Galle

La greffière

signé

M-A BoignardLa République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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