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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304347

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304347

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2023, Mme E C, représentée par Me David, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 6 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités portugaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise d'enregistrer sa demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à verser à son conseil Me David, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué émane d'une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que sa signataire bénéficiait d'une délégation de signature régulière du préfet ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013; il n'est pas établi que les brochures d'information lui aient été remises dans leur intégralité dès son passage dans la première structure d'accueil, ni même antérieurement à l'entretien individuel et ce, dans un délai raisonnable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, dans l'hypothèse où l'assistance de l'interprète se serait faite par téléphone, la nécessité de l'utilisation d'un tel moyen de télécommunication n'est pas établie et il n'est pas davantage démontré que les garanties relatives à l'interprète aient été respectées ;

- elle n'a pas bénéficié d'un entretien individuel dans les conditions prévues à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et il n'est pas établi qu'il a été mené par une personne qualifiée en droit national en l'absence de mentions des nom, qualité et signature de l'agent ayant mené l'entretien individuel ;

- il n'est pas établi que l'agent ayant procédé à la consultation du fichier Visabio était habilité à cet effet conformément à l'article R. 811-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et du paragraphe 2 de l'article 29 du même règlement, des dispositions du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la commission du 2 septembre 2003 et des articles 15, 18 et 19 de ce dernier règlement ; le préfet devra justifier avoir reçu un accusé de réception du point d'accès national croate afin d'établir la saisine par la France de l'Etat responsable ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au refus de faire application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 au regard de sa situation de vulnérabilité en tant que mère isolée voyageant avec ses deux enfants mineurs et de l'absence de garanties quant aux conditions de poursuite effective de la prise en charge médicale dont bénéficie son fils en France ;

- il résulte de cette décision un risque de méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales par ricochet en cas de renvoi en Angola depuis le Portugal.

- cette décision a été prise en méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné,

- et les observations de Mme C assistée de Me Choppin Haudry et de Mme D B interprète en langue portugaise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante angolaise, née le 27 juillet 1985, a présenté le 17 août 2023 une demande d'asile auprès des services de la préfecture de l'Oise. La consultation du système d'information " Visabio " a fait apparaître, à cette occasion, qu'elle était entrée en France sous le couvert d'un visa délivré par les autorités portugaises périmé depuis moins de six mois. Par cette requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 6 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités de ce pays pour l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 20 septembre 2023, publié le même jour au recueil n° 253 des actes administratifs de la préfecture et revêtu de la signature de son auteur, le préfet du Nord a donné délégation à Mme F A, attaché d'administration d'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile, à l'effet de signer, notamment, les décisions de transfert prises en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme A pour signer la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué cite les dispositions sur lesquelles il se fonde, notamment celles du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et mentionne les éléments de faits relatifs à la situation de Mme C, notamment les motifs pour lesquels le préfet du Nord a estimé que les autorités portugaises devaient être regardées comme responsables de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées en vertu des dispositions précitées, ont été remises à Mme C le jour de son entretien en préfecture, soit le 17 août 2023, en portugais, langue que l'intéressée a déclaré comprendre selon les mentions du compte-rendu individuel qu'elle a signé le même jour. Si Mme C soutient que la production par le préfet de la seule première page de chacune de ces brochures ne permet pas de démontrer qu'elles lui auraient été remises dans leur intégralité, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les mentions portées sur ces documents, revêtus de l'indication de la date de remise et de sa signature, qui attestent de leur communication intégrale, la requérante ayant par ailleurs certifié avoir reçu l'information sur les règlements communautaires au cours de l'entretien qui lui a été accordé le même jour en préfecture. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement précité doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : a) le demandeur a pris la fuite ; ou b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. L'État membre qui se dispense de mener cet entretien donne au demandeur la possibilité de fournir toutes les autres informations pertinentes pour déterminer correctement l'État membre responsable avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ". Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'un entretien individuel a été mené en préfecture le 17 août 2023, durant lequel Mme C a pu présenter ses observations comme cela résulte du résumé de cet entretien produit par le préfet du Nord. Cet entretien s'est déroulé avec l'assistance d'un interprète en portugais, dont le nom est indiqué, assurée par l'association ISM interprétariat, organisme agréé. La seule circonstance que l'autorité préfectorale ne justifie pas de la nécessité, lors de cet entretien, de recourir à l'assistance d'un interprète par l'intermédiaire d'un moyen de télécommunication, ne permet pas de considérer que, dans les circonstances de l'espèce, Mme C aurait été effectivement privée d'une garantie ou que l'usage de ce moyen de télécommunication aurait exercé une influence sur le sens de la décision en litige. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet entretien aurait été mené par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de cet entretien, signé de l'intéressée, mentionnant au contraire que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture ", sans que la requérante présente aucun élément de nature à le contredire. Par ailleurs, aucune disposition du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 n'exige d'ailleurs que cet agent mentionne son nom, ses initiales ou sa qualité sur le document résumant l'entretien, ni qu'il signe ce document. Par conséquent, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C, qui a signé le compte-rendu de cet entretien individuel sans réserve ainsi qu'il a été dit, a été privée d'une garantie prévue par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, et alors qu'aucune disposition ne prévoit que le compte-rendu d'entretien doit être communiqué au demandeur d'asile, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 5 du règlement précité ainsi que de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, si Mme C soutient que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article R. 811-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'identité et l'habilitation du représentant de l'administration à consulter Visabio n'auraient pas été justifiées, la consultation de ce traitement automatisé de données ne relève pas du champ d'application de l'article L. 811-4 et par suite de celui de l'article R. 811-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance du R. 811-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté comme inopérant.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur. / Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif (" hit ") Eurodac (), la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif (). / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'Etat membre auprès duquel la demande a été introduite () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. / () 7. L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet, à la suite de la demande d'asile que Mme C a présentée le 17 août 2023, a saisi les autorités portugaises le 20 septembre 2023 d'une demande de prise en charge de l'intéressée qui a été explicitement acceptée par ces autorités le 13 novembre suivant. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord ne justifie pas avoir présenté une demande de prise en charge ni que cette demande a été acceptée dans les délais impartis par les dispositions de l'article 21 et l'article 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 rappelées au point précédent. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.

13. Mme C se prévaut d'une situation de particulière vulnérabilité, tenant à sa qualité de mère séparée voyageant avec deux enfants âgés de 5 ans et de 15 ans, ce dernier souffrant de difficultés de santé restreignant notamment sa capacité de déplacement et d'un important trouble du spectre autistique. Toutefois, Mme C ne justifie ni n'allègue avoir effectué des démarches visant à obtenir une prise en charge sociale ou médicale de cet enfant lors de son séjour au Portugal, qui seraient restées infructueuses. Elle n'apporte aucun élément circonstancié de nature à établir qu'elle et ses enfants ne pourront bénéficier de conditions d'accueil adaptées à leur situation dans ce pays, dont elle parle la langue alors, au contraire, qu'elle n'est pas francophone, et qui répondront aux besoins spécifiques d'assistance au déplacement et de suivi médical régulier de son enfant handicapé, besoins que le préfet du Nord justifie avoir portés à la connaissance des autorités portugaises, à qui il incombe dès lors d'en assurer une prise en compte adéquate, en application de l'article 32 du règlement du 26 juin 2013. Si Mme C fait valoir qu'il est prévu que son enfant subisse une intervention chirurgicale pour une hernie scrotale le 1er février 2024, cette circonstance, si elle est susceptible d'influer sur les modalités d'exécution de la décision de transfert en litige, n'est pas de nature à établir à elle seule que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013, alors qu'il ressort des convocations produites au dossier que cette indication thérapeutique, sur laquelle aucune précision n'est apportée d'ailleurs, s'agissant de sa complexité ou de ses suites opératoires, n'a été décidée, en tout état de cause, qu'après le 6 décembre 2023, date à laquelle il appartient au juge de l'excès de pouvoir d'apprécier la légalité de l'arrêté attaqué.

14 En huitième lieu, dans les circonstances qui viennent d'être exposées et alors que Mme C déclare ne séjourner en France que depuis le mois de juillet 2023, et n'y disposer d'aucune attache privée ou familiale, la décision de transfert litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis tenant à la mise en œuvre du règlement du 26 juin 2013. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que, dans ces mêmes circonstances, le préfet du Nord aurait omis de prendre en considération, à la date de l'arrêté attaqué, l'intérêt supérieur de l'enfant en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

15. En neuvième lieu, en se bornant à se prévaloir, dans sa requête, de ce que les ressortissants angolais se voient régulièrement reconnaître le bénéfice de la protection internationale et en soutenant à l'audience, sans étayer ses déclarations d'aucun justificatif, que la vie de son enfant serait menacée, en cas de retour dans ce pays, par des membres de la famille et du voisinage en raison de son handicap, Mme C n'apporte pas d'éléments suffisant à établir qu'elle ou ses enfants seraient personnellement exposés aux risques de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités portugaises. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, au préfet du Nord et à Me David.

Rendu public par mise à disposition au greffe 12 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

C. BINANDLa greffière,

Signé :

F. CLIQUET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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