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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304378

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304378

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELURL GARCIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Garcia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "vie privée et familiale", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'il se fonde uniquement sur une précédente mesure d'éloignement et l'absence de motif exceptionnel ;

- la décision lui refusant le droit au séjour méconnait les stipulations de l'article 2-3-3 du l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, compte tenu de son expérience professionnelle en France depuis 2017 et du contrat de travail à durée indéterminée par lequel il est employé depuis le 1er avril 2019 en qualité de plombier ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire dont disposait le préfet pour examiner sa demande ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de son ancienneté de séjour sur le territoire français, ainsi que de son intégration sociale et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 janvier 2024, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ensemble le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 12 mai 1994, déclare être entré en France en 2016, démuni de visa. Il a présenté, le 27 octobre 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour à titre principal, à raison de son activité professionnelle et, à titre subsidiaire, au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 27 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. A vise l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ainsi que les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en visant l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant, outre la nationalité de l'intéressé, que

M. A n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dans ces conditions, M. A n'est fondé ni à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, ni qu'il serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié ". Selon l'article 2.3.3 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 : " Le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi. Cette liste peut être modifiée par échange de lettres entre les deux Parties () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été recruté en vertu deux contrats de travail à durée indéterminée conclus successivement avec la même société, en qualité de manœuvre, entre le 1er février 2017 et le 31 mars 2018, puis en qualité de plombier, entre le

1er avril 2018 et le 31 mars 2019. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé exerce, depuis le 1er avril 2019, la profession de technicien de climatisation au sein d'une autre société. Toutefois, si, à la date de la décision attaquée, il justifiait de plus de six ans d'activité professionnelle ininterrompues, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'un des contrats de travail ait été revêtu du visa des autorités prévu par les stipulations rappelées au point 3. Dans ces conditions, et à supposer même que le certificat d'aptitude professionnelle mention "Equipement thermique et sanitaire" qu'il a obtenu en Tunisie en janvier 2013, au titre duquel il n'a toutefois jamais été employé en France, relève de la liste annexée au protocole du 28 avril 2008 précité, ce qui, au demeurant, n'est pas sérieusement établi, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaitrait les stipulations précitées.

5. En troisième lieu, M. A n'assortit le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile d'aucune précision de nature à en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième lieu, si M. A soutient être entré en France en 2016, il n'établit pas sa présence habituelle et continue sur le territoire français avant le 1er février 2017 et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 13 octobre 2021, confirmée par le tribunal administratif de Versailles le 1er mars 2022, et à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Par ailleurs, s'il justifie de la perception de salaires réguliers depuis le 1er février 2017, comme cela a été exposé au point 4, ses revenus résultent de l'exercice successif de trois professions différentes, dont aucune ne le place dans une situation exceptionnelle. En outre, s'il justifie de liens avec son frère, naturalisé français, ainsi qu'avec la famille de ce dernier, notamment par le parrainage laïque de son neveu, il n'établit pas que sa présence serait indispensable auprès d'eux. Par suite, M. A, qui est célibataire et n'a pas d'enfant, et ne justifie d'aucune autre attache particulière en France, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. Compte tenu des éléments de la situation de M. A tels qu'ils ressortent des points 4 et 6 du présent jugement et ce qu'il ne conteste pas ne pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, où résident ses parents et sa sœur, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni qu'il aurait méconnu les stipulations précitées.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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