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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304450

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304450

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantANDREZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 22 décembre 2023, le 5 janvier 2024 et le 3 avril 2024, M. C A, représenté par Me Andrez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que c'est à tort que la préfète a estimé que son état civil n'est pas établi en l'absence de production d'un jugement supplétif d'acte de naissance ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète a ajouté une condition tenant à ce que ses difficultés en langue française ne permettraient pas de présager de l'obtention du diplôme préparé, laquelle ne figure pas aux termes de cet article ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la structure d'accueil a mis en évidence ses efforts, son implication et son engagement dans ses études.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- sa décision aurait pu être prise au motif tiré de ce qu'un des documents produits au titre de son état civil est apocryphe.

M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Parisi a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant malien né le 24 juin 2004, est entré sur le territoire français le 2 février 2021 selon ses déclarations. Le 3 octobre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 septembre 2023, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. E B, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". Aux termes de l'article R. 431-11 de ce même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de la rubrique 66 de cette liste fixée à l'annexe 10 de ce code, à l'appui d'une demande de carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " délivrée à l'étranger confié au service de l'aide sociale à l'enfance, le demandeur doit fournir un justificatif d'état civil, à savoir, pour une telle demande, une copie intégrale d'acte de naissance comportant les mentions les plus récentes accompagnée le cas échéant de la décision judiciaire ordonnant sa transcription sous la forme d'un jugement déclaratif ou supplétif.

4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, la préfète s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'état civil de ce dernier n'est pas établi, en l'absence de production du jugement supplétif n° 187 du 19 avril 2016. Il ressort en effet des pièces du dossier que, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, M. A s'est prévalu d'une carte consulaire délivrée le 14 juin 2022 par les autorités consulaires maliennes en France et d'un extrait du registre des actes de l'état civil n° 135/Rg3 délivré le 22 avril 2016 portant transcription d'un jugement supplétif n° 187 daté du 19 avril 2016. Dans ces conditions, la préfète était fondée à exiger de M. A la production de ce jugement supplétif intégral ayant ordonné la transcription de l'extrait du registre des actes de l'état civil dont l'intéressé se prévaut. A ce titre, il ressort des pièces du dossier que, en dépit des demandes répétées en ce sens des services de la préfecture les 13 octobre 2022, 7 décembre 2022, 2 mars 2023, 3 juillet et 27 juillet 2023, M. A n'a pas transmis le document exigé, la structure le prenant en charge ayant de surcroît indiqué à la préfète le 9 mai 2023 ne pas avoir pu obtenir ce jugement. Enfin, si la préfète produit en défense le jugement supplétif n° 187 demandé, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait transmis ce document avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'erreur de droit que la préfète de l'Oise a opposé le motif tiré de ce que l'état de civil de M. A n'est pas établi en l'absence de production du jugement supplétif n° 187 du 19 avril 2016. Le moyen en ce sens doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la préfète de l'Oise aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le seul motif, qui est de nature à fonder légalement l'arrêté attaqué, tiré de ce que l'état de civil de M. A n'est pas établi. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui sont sans incidence sur la légalité de cet arrêté.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur les demandes de substitutions de motifs de la préfète, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de l'Oise et à Me Andrez.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi, conseillère,

- M. D, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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