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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2304505

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2304505

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2304505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en attendant de réexaminer son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre méconnaît le principe du contradictoire en violation des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le principe de la présomption d'innocence en violation des articles 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme et 9 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ;

- la décision portant refus de titre est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne saurait constituer une menace pour l'ordre public, étant présumé innocent des faits pour lesquels il a été placé sous contrôle judiciaire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 29 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 janvier 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les observations de Me Ndiaye pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, né le 12 mai 2003, a sollicité le 16 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 avril 2022, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par jugement du 21 juillet 2022, la présente juridiction a annulé cet arrêté.

2. M. A a formé une nouvelle demande de titre. Par un arrêté du 28 décembre 2022, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par jugement du 11 mai 2023, la présente juridiction a annulé l'arrêté et ordonné le réexamen par l'autorité préfectorale de la situation de l'intéressé.

3. Par un arrêté du 27 novembre 2023 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française ".

5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

6. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet de la Somme a retenu que M. A constituait une menace pour l'ordre public après avoir relevé qu'il avait été condamné le 16 octobre 2023 à une peine de 14 mois d'emprisonnement assortie d'un sursis probatoire de 18 mois pour avoir commis le 18 mai 2020 des faits de violences en réunion, avec usage d'une arme et en état d'ivresse manifeste d'une part et qu'il avait été placé sous contrôle judiciaire le 19 novembre 2023 pour s'être abstenu volontairement, sans risques pour soi et pour les tiers, de porter assistance, en agissant personnellement ou en provoquant un secours, à un tiers qui se trouvait en péril d'autre part.

7. La décision contestée ne constitue pas une sanction ayant le caractère d'une punition, mais une mesure de police administrative. Par suite, ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre de celle-ci ni les principes constitutionnels régissant la matière répressive tels que la présomption d'innocence garantie par les articles 8 et 9 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, ni les stipulations de l'article 6, paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Le requérant ne saurait non plus invoquer utilement les dispositions de la déclaration universelle des droits de l'homme, qui ne figure pas au nombre des textes diplomatiques qui ont été ratifiés dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution du 4 octobre 1958.

9. Au regard de l'implication de M. A dans des faits délictuels, ayant justifié son placement sous contrôle judiciaire, à l'occasion desquels un individu est décédé peu de temps après la lourde condamnation précitée, l'autorité préfectorale était fondée à retenir que M. A constituait une menace pour l'ordre public justifiant de lui refuser le titre de séjour sollicité. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent ainsi qu'être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "'1o Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2o Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui'".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré être entré sur le territoire français le 13 novembre 2018, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 12 décembre 2018, il soutient qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée en tant que peintre spécialisé dans la construction de salles blanches et qu'il a en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Il n'est toutefois pas justifié de ce que l'intéressé serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vit toujours son père et que l'intéressé serait intégré à la société française.

12. Dans ces conditions, le préfet de la Somme, en obligeant M. A à quitter le territoire français, ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent dès lors également être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Somme et à Me Ndiaye.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

M. Menet, premier conseiller,

Mme Parisi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition le 22 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2304505

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