lundi 18 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2304527 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU2 |
| Avocat requérant | KATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés les 29 décembre 2023 et
22 février 2024, Mme A B, représentée par Me Kati, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal d'annuler l'arrêté en date du 12 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision d'éloignement sur le fondement de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le signataire de la décision n'était pas compétent pour ce faire ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui a pas été notifiée régulièrement dans une langue qu'elle comprend ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 542-1° et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.
Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
24 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boutou, vice-président, conformément à l'article
R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Boutou, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
2. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
24 janvier 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la compétence de l'auteur des décisions attaquées :
3. L'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, qui bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du
14 septembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que la préfète de l'Oise aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de Mme B ou se serait cru en situation de compétence liée pour prendre une mesure d'éloignement à son encontre.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 : " En ce qui concerne les procédures prévues au chapitre III, les États membres veillent à ce que tous les demandeurs bénéficient des garanties suivantes : / () / f) Ils sont informés du résultat de la décision prise par l'autorité responsable de la détermination dans une langue qu'ils comprennent ou dont il est raisonnable de supposer qu'ils la comprennent lorsqu'ils ne sont pas assistés ni représentés par un conseil juridique ou un autre conseiller. Les informations communiquées indiquent les possibilités de recours contre une décision négative () ".
7. La seule circonstance, à la supposer même établie, que la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande d'asile de
Mme B ne lui aurait pas été notifiée dans une langue qu'elle n'aurait pas été en mesure de comprendre, est par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que Mme B a bien eu connaissance de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon ce qui résulte des mentions du relevé TelemOfpra produit par la préfète et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure sera écarté.
8. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait et celui tiré de la méconnaissance des articles L. 542-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, présentés dans la requête sommaire, n'ont pas été développés dans le mémoire complémentaire, ne sont pas assortis des éléments permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent donc qu'être écartés.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination :
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Mme B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle serait exposée à des risques liés aux menaces que son ex-conjoint fait peser sur elle. Toutefois, elle n'apporte pas au dossier de preuves suffisantes que, comme elle le soutient, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait commis des erreurs d'appréciation sur l'actualité et la gravité de ces menaces en se bornant à produire le compte-rendu de son entretien à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, repris partiellement dans une attestation notariée établie en Géorgie qui ne fait que reprendre les mêmes éléments de récit et dont la valeur ne tient qu'à la certification du signataire de la déclaration. Elle n'établit pas davantage que les risques selon lesquels les autorités géorgiennes ne pourraient la protéger sont avérés. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations précitées en fixant comme pays de renvoi la Géorgie.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin de suspension :
12. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".
13. A l'appui de sa demande de suspension, Mme B se borne à critiquer le
bien-fondé de la décision de rejet de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, mais ne présente pas d'éléments nouveaux ou pertinents de nature à justifier que l'exécution de la décision d'éloignement de la préfète de l'Oise soit suspendue dans l'attente de la décision à venir de la Cour nationale du droit d'asile. Sa demande doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et
L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Kati la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés au cours de l'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme B.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Kati et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
B.Boutou
La greffière,
Signé
F.Joly
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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