lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400172 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHIRICA |
Vu la procédure suivante :
Par deux requêtes identiques, enregistrées le 16 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Chirica, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un à trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 14 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français pris dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les requêtes sont irrecevables car elles ne satisfont pas aux exigences de l'article R.411-1 du code de justice administrative ;
- aucun des moyens des requêtes n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant roumain né le 7 juillet 1981 est entré en France pour la dernière fois en octobre 2023 selon ses déclarations. A la suite d'une interpellation, l'intéressé a fait l'objet d'une retenue pour vérification de son droit au séjour à l'issue de laquelle, par un arrêté du 14 janvier 2024, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée d'un à trois ans. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
2. Les requêtes n°2400172 et n°2400173 concernent la situation d'un même étranger. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée défense :
3. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. " Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () Lorsque le délai est de quarante-huit heures () le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. Le requérant qui, dans le délai de quarante-huit heures () a demandé l'annulation de l'une des décisions qui lui ont été notifiées simultanément peut, jusqu'à la clôture de l'instruction, former des conclusions dirigées contre toute autre de ces décisions. "
4. Les requêtes de M. A contiennent l'exposé de moyens et l'énoncé de conclusions de telle sorte que la fin de non-recevoir opposée dans chacun des mémoires de la préfète de l'Oise doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 14 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et interdisant la circulation sur le territoire français :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision mentionne que M. A est en France depuis plus de trois mois, fait état de sa situation personnelle et familiale et indique qu'il ne justifie pas d'une intégration suffisamment ancienne et stable en France. Par suite, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L.233-1, L.233-2 ou L.233-3 () ".
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père de trois enfants qui l'ont accompagné depuis la Roumanie et résident en France. Toutefois, le requérant n'a pas d'emploi déclaré et ne justifie pas de liens stables et intenses en France, où sa dernière arrivée est très récente à la date de la décision attaquée, en octobre 2023. Dans ces conditions, rien ne fait obstacle à ce que l'intéressé reconstitue sa cellule familiale en Roumanie, où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales. Ainsi, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen afférent doit être écarté.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point précédent, la préfète de l'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
10. En dernier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des stipulations de
l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
12. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, dont notamment l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les motifs retenus par la décision attaquée indiquent que M. A est connu au fichier des antécédents judiciaires pour des faits de vols sans violence et vol en réunion et qu'il y a urgence à ce qu'il quitte le territoire sans délai. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée et le moyen afférent doit être écarté.
13. En second lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 6, la préfète de l'Oise n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant à M. A un délai de départ volontaire. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
14. En troisième lieu, si le requérant se prévaut de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci ont été abrogées par l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020, et sont devenues celles de l'article L. 612-2 du même code. M. A, dont la situation est régie par le titre V du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut utilement invoquer cet article, qui ne s'applique pas aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne. Le moyen afférent doit donc être écarté.
15. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 251-1 mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-4, à destination duquel les étrangers dont la situation est régie par le présent livre sont renvoyés en cas d'exécution d'office. "
17. La décision fixant le pays de reconduite à la frontière vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier son article L. 261-1, et les stipulations des articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Elle précise que le pays à destination duquel l'intéressé est éloigné est la Roumanie, Etat dont il ressortissant. Ainsi, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
18. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen afférent doit être écarté.
19. En dernier lieu, si M. A se prévaut des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen, qui n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut être qu'écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :
20. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article
L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de
trois ans. "
21. Il ressort de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise n'a indiqué ni dans ses motifs ni dans le dispositif la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A. Ainsi, en prononçant une telle mesure sans en fixer la durée, alors que celle-ci relève de l'appréciation de l'autorité administrative qui l'édicte, la préfète a insuffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être accueilli.
22. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés aux fins d'annulation de la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français, M. A est fondé à en demander l'annulation.
23. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est seulement fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant la circulation sur le territoire français.
En ce qui concerne l'arrêté du 14 janvier 2024 portant assignation à résidence :
24. M. A, qui doit être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence, ne soulève aucun moyen à l'appui de ses conclusions. Celles-ci doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 14 janvier 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de circulation sur le territoire français est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°2400172 et n°24000173 est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Oise et à Me Chirica.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
E. FUMAGALLILa greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2400172 et 24000173
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026