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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400183

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400183

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMALIK FAZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 17 janvier 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 19 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Malik Fazal, avocate commise d'office, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 200 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés attaqués :

- ils sont insuffisamment motivés ;

- ils relèvent un défaut d'examen complet de sa situation ;

- ils sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence ;

- elle lui a notifiée en l'absence d'un interprète ;

En ce qui concerne l'arrêté du 15 janvier 2024 portant assignation à résidence :

- il méconnaît le droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car elle ne satisfait pas aux exigences de l'article

R. 411-1 du code de justice administrative ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Fumagalli, qui a informé les parties, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête en tant qu'elle demande l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2023 du préfet des Yvelines en raison de sa tardiveté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 15 juin 1995, déclare être entré en France en 2021. M. B a sollicité le 16 novembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 424-1 et L.424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) en date du 30 octobre 2022, notifiée le 5 novembre 2022. Par un arrêté du 24 octobre 2023, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté du 15 janvier 2024, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () "

3. M. B a bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office. Il n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 24 octobre 2023 portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

4. D'une part, aux termes de de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles

L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application [du] 4° de l'article

L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. (). Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative :

" Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. "

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, qui mentionnait les voies et délais de recours ouverts à son encontre, a été adressé par voie postale à M. B le 26 octobre 2023 et que l'enveloppe contenant le courrier recommandé a été retourné aux services de la préfecture des Yvelines avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions,

M. B, qui doit être regardé comme ayant reçu notification de l'arrêté à cette date, disposait d'un délai de quinze jours pour saisir le tribunal d'un recours contentieux. Ainsi, la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2023, enregistrée au greffe du tribunal le 17 janvier 2024, est tardive et, par suite, irrecevable.

En ce qui concerne l'arrêté du 15 janvier 2024 portant assignation à résidence :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de justice administrative : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "

8. L'arrêté assignant M. B à résidence vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

10. Il ressort des pièces produites en défense que M. B a été entendu le 15 janvier 2024 notamment sur l'irrégularité de son séjour en France et sur l'éventualité de faire l'objet de décisions l'obligeant à quitter le territoire français et l'assignant à résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté litigieux doit être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a, avant de prendre l'arrêté attaqué, procédé à un examen complet et personnalisé de la situation du requérant.

12. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par suite, le moyen soulevé à ce titre est inopérant et doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. L'arrêté attaqué assigne M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans la commune de Senlis, lieu de son interpellation, lui fait obligation de se présenter à la gendarmerie de Senlis les lundi, mardi et vendredi matin et lui interdit de quitter le département de l'Oise sans autorisation. Alors que le requérant se borne à se prévaloir de sa résidence à Limeil-Brévannes (Val-de-Marne), ses allégations sont contestées en défense et ne sont établies par aucune pièce. En tout état de cause, eu égard à sa situation telle que décrite au point 1, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen afférent doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Oise n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

16. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence ni de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Ces moyens ne peuvent donc qu'être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Malik Fazal et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

E. FUMAGALLILa greffière,

Signé :

S. GRARE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400183

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