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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400185

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400185

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSAGLAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 16 janvier 2024, 29 février 2024, et 13 mars 2024, ce dernier non communiqué, Mme C B, représentée par Me Saglam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 10 septembre 1984, est entrée sur le territoire français le 20 novembre 2016 selon ses déclarations sous couvert d'un visa court séjour. L'intéressée a sollicité le 30 novembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 4 janvier 2021, la préfète a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. Le tribunal administratif d'Amiens, saisi d'un recours en annulation de cet arrêté, a rejeté la requête de Mme B par un jugement du 24 juin 2021, confirmé par la cour administrative d'appel de Douai par une ordonnance du 15 octobre 2021. Mme B a sollicité le 16 novembre 2023 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 14 décembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que la décision attaquée a été signée par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, qui disposait d'une délégation en vertu de l'arrêté du 11 septembre 2023, régulièrement publié le 14 septembre 2023 au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture à l'effet de signer " tout acte, arrêté () décision () relevant des attributions de l'Etat () ". Par suite, M. A pouvait légalement signer la décision litigieuse et le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France pour la dernière fois en novembre 2016, accompagnée de son mari, également ressortissant algérien. Leurs trois enfants mineurs sont nés en 2009 en Algérie, et en 2013 et 2016 en France. Mme B est divorcée de son mari depuis le 5 juillet 2022 et exerce en commun l'autorité parentale. Toutefois, aucune pièce du dossier n'est de nature à établir que le père des enfants contribue effectivement à leur éducation et à leur entretien. Par ailleurs, et malgré l'ancienneté de séjour dont elle se prévaut, l'intégration professionnelle de la requérante demeure récente à la date de l'arrêté attaqué, soit à peine plus de treize mois. Enfin, si la fratrie et le père de la requérante vivent en France, Mme B n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans et d'où elle pourra solliciter un visa pour rendre visite aux membres de sa famille qui résident en France. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de l'intéressée, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B.

5. En troisième lieu, la requérante, qui doit être regardée comme soutenant que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation de la préfète de l'Oise, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté est entaché d'illégalité à ce titre, compte tenu de ce qui a été exposé au point précédent.

6. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Compte tenu des éléments exposés au point 6 et de la circonstance que les enfants de la requérante peuvent poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine, le moyen tiré de de la violation de l'article 3, paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de délivrance de titre de séjour ayant été écartés, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision d'éloignement est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour. Le moyen afférent doit être écarté.

9. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle et familiale de Mme B doivent être écartés.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point7, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400185

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