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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400347

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400347

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4
Avocat requérantWACQUIER LOUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 janvier 2024, enregistrée le 26 janvier 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête enregistrée initialement le 27 novembre 2023, par laquelle M. B A, représenté par Me Wacquier, demande :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête sans présenter d'observations complémentaires.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Wacquier représentant M. A qui reprend les moyens et arguments déjà exposés dans les écritures, en faisant valoir en particulier que l'arrêté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivé en fait et méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale en ne prenant pas en compte les membres de sa famille présents sur le territoire et que cet arrêté, en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivé et entaché d'une erreur d'appréciation sur la caractérisation de menace à l'ordre public que présenterait son comportement.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de la République du Congo né le 22 février 1979, a fait l'objet d'une vérification de son droit au séjour après avoir été interpellé à l'issue de laquelle il a été constaté qu'il ne disposait d'aucun d'un titre de séjour. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé la République du Congo ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté n°2022-041 du 2 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Hauts-de-Seine, M. Pascal Gauci, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions en matière de police des étrangers qui sont contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que le préfet a pris en compte pour l'édicter, et notamment la circonstance que l'intéressé, entré irrégulièrement sur le territoire français, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, le préfet n'a pas entaché cet arrêté d'un défaut de motivation.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A se prévaut, au demeurant sans l'établir, d'une ancienneté de séjour d'environ six ans à la date de l'arrêté en litige. Il est célibataire, sans enfants à sa charge en France et n'établit pas avoir d'autres attaches familiales nécessitant sa présence en France, ni être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 39 ans et où réside sa fille. Il ne justifie pas de l'activité professionnelle qu'il allègue exercer, au demeurant sans autorisation de travail, dans le domaine de la pose d'échafaudage. Par suite, l'arrêté en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A eu égard aux buts en vue desquels il a été pris et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine, en décidant d'éloigner M. A du territoire français sans délai et en fixant son pays d'origine comme pays de destination, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de ce dernier.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs.

7. Il ressort de l'arrêté attaqué que pour interdire à M. A le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'absence de circonstances humanitaires justifiant de ne pas prononcer une telle mesure, sur les faibles attaches familiales de ce dernier sur le territoire français, ainsi que " les circonstances propres au cas d'espèce ". Si, pour apprécier lesdites circonstances sur lesquelles l'autorité préfectorale a ainsi entendu fonder sa décision, les considérations exposées pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, permettent d'apprécier la durée de présence en France qui a été prise en compte, il ressort des motifs de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire que le préfet a estimé que l'intéressé " trouble l'ordre public par son comportement " sans apporter toutefois aucune indication sur les faits qu'il a retenus pour forger son appréciation et donc permettre au requérant de contester sur ce point les conséquences qui en ont été tirées sur la durée de l'interdiction de retour attaquée. Enfin, il n'est apporté dans l'arrêté attaqué aucune précision quant à l'existence d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d'une insuffisante motivation et à en demander l'annulation, pour ce motif.

8. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

9. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 26 novembre 2023 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Wacquier.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT La République mande et ordonne au préfet des Hauts de Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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