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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400373

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400373

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2024, Mme C B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le préfet aurait dû l'inviter à compléter sa demande de titre de séjour en produisant les pièces relatives à son expérience et son insertion professionnelles ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 avril 2024 à 12h00.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;

- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant Mme C B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante guinéenne née le 15 juin 1994, est entrée sur le territoire français le 22 juillet 2011, selon ses déclarations. Le 2 mars 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, alors applicable. Par un arrêté du 4 janvier 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. L'arrêté du 4 janvier 2024 mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs de fait qui fondent chacune des décisions attaquées. En particulier, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, le préfet de l'Aisne indique, au visa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, que la commission de titre de séjour a émis le 6 décembre 2023 un avis défavorable à l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressée, et, d'autre part, qu'elle ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière en France, que son admission au séjour, au regard de sa situation personnelle et professionnelle, ne répond pas à des considérations humanitaires, ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels et qu'elle ne démontre pas être dépourvue de liens personnels et familiaux en Guinée. En tirant de ce refus, suffisamment motivé, la conséquence que Mme B entrait dans le champ des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, l'autorité préfectorale a suffisamment motivé la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui conformément aux prescriptions de l'article L. 613-1 de ce code n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Enfin, en précisant que Mme B serait reconduite, en cas d'exécution d'office de cette mesure, vers le pays dont elle a la nationalité dès lors qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Guinée, le préfet de l'Aisne a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, lequel n'est pas rédigé de façon stéréotypée, doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ". Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Aisne aurait opposé à l'intéressée le caractère incomplet de sa demande. Par ailleurs, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées qu'elles imposent uniquement au préfet d'indiquer au demandeur les pièces manquantes dont la production est indispensable à l'instruction de sa demande. En l'espèce il ne ressort pas des pièces du dossier que de telles pièces aient manqué pour permettre l'instruction de la demande du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

5. En troisième lieu, si Mme B se prévaut de sa relation avec un compatriote en situation régulière, elle n'établit pas l'ancienneté, la stabilité ni l'intensité des liens qui la lient à son concubin par la seule production d'une déclaration de concubinage datée du 8 août 2014 devant les services de la mairie de Saint-Quentin et d'une attestation de son concubin au demeurant postérieure à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la seule production d'extraits de relevés de compte bancaire ne suffit pas à établir qu'elle exerce une activité salariée et qu'elle perçoit des revenus à ce titre. Enfin, si elle produit un certificat médical attestant des pathologies dont elle souffre, et de la nécessité d'un suivi médical en raison d'un haut risque cardio-vasculaire, cette seule pièce ne suffit pas à caractériser des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Il en est de même en ce qui concerne son engagement bénévole. Dans ces conditions, les circonstances dont se prévaut Mme B ne permettent pas d'établir que l'autorité préfectorale a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B fait état d'une présence en France depuis juillet 2011, de son état de santé ainsi que de son insertion au sein de la société française par son expérience professionnelle et son engagement associatif ainsi que de son concubinage avec un compatriote en situation régulière. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, et alors que l'intéressée, qui n'établit, ni même n'allègue avoir tissé d'autres liens sociaux depuis son arrivée sur le territoire français que ceux qu'elle entretient avec son concubin, n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine qu'elle a quitté à l'âge de 46 ans et où résident ses parents ainsi qu'une sœur et un frère, ainsi qu'elle l'a elle-même déclaré dans son formulaire de demande de titre de séjour, le préfet de l'Aisne n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit, dès lors, être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de l'Aisne et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- Mme Parisi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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