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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400374

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400374

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2024, Mme C A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2024 par lequel préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'appréciation du caractère sérieux et réel de ses études ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 31 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 avril 2024 à 12h00.

Un mémoire a été produit pour le préfet de la Somme le 16 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;

- et les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malgache née le 26 juin 2000, est entrée sur le territoire français le 6 septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Le 29 novembre 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 janvier 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles font état de la situation personnelle et administrative de Mme B sur le territoire français en indiquant notamment que les résultats scolaires de l'intéressée et l'absence d'obtention d'un diplôme depuis son arrivée ne permettent pas d'établir le caractère réel et sérieux de ses études. L'autorité préfectorale n'étant par ailleurs pas tenue de préciser de manière exhaustive le détail de l'ensemble des éléments considérés, l'arrêté en cause est suffisamment motivé au regard des dispositions précitées. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions contestées ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Pour l'application des dispositions précitées, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies en tenant compte, notamment, de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi et que le postulant dispose de moyens d'existence suffisants, ces critères présentant un caractère cumulatif.

5. Pour refuser à Mme B le titre de séjour sollicité, le préfet de la Somme a relevé qu'au vu des moyennes obtenues lors de sa deuxième année en licence d'économie et de gestion à l'université Picardie Jules Verne, et de la circonstance qu'elle est inscrite à nouveau en deuxième année de cette licence et qu'elle n'a validé aucun diplôme depuis son arrivée sur le territoire français en 2019, l'intéressée n'établit pas le caractère sérieux et réel de ses études.

6. Il est constant que Mme B, arrivée en France le 6 septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", ainsi qu'il l'a été dit, s'est inscrite pour l'année universitaire 2019-2020 en première année de licence d'économie et de gestion à l'université Picardie Jules Verne, qu'elle n'a validée qu'à l'issue de l'année universitaire 2020-2021, et, qu'après avoir été ajournée à deux reprises en raison de ses résultats scolaires, elle s'est à nouveau inscrite en deuxième année de cette licence pour l'année universitaire 2023-2024.

7. Pour expliquer ses difficultés et l'absence de validation d'un diplôme depuis son arrivée, Mme B soutient que ces résultats s'expliquent tout d'abord par son état de santé, qui l'a empêchée de se rendre à ses examens, et par ses difficultés financières l'obligeant à exercer une activité professionnelle en parallèle de ses études. Si elle se prévaut, à l'appui de ses allégations concernant son état de santé, d'un certificat médical d'un psychiatre daté du 7 septembre 2023 attestant que les éléments cliniques qu'elle présente n'ont pas permis de suivre avec assiduité et continuité ses études durant les années 2021-2022 et 2022-2023, ce certificat

insuffisamment circonstancié ne suffit pas à établir le bien fondé de ses allégations, alors qu'il est contredit par l'attestation, produite à l'instance par la requérante, du service de scolarité certifiant qu'elle a suivi avec assiduité les cours et travaux dirigés de la formation et a assisté aux examens pour l'année 2022/2023. Si Mme B se prévaut également d'un compte-rendu de consultation ophtalmologique daté du 6 juin 2022 ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée du 10 mars 2022, ces seules pièces ne suffisent pas à établir que ses difficultés scolaires durant les années scolaires 2019-2020, 2021-2022 et 2022-2023 sont dues à des difficultés financières ou à son état de santé. Par ailleurs, contrairement à ce qu'elle affirme dans ses écritures, la circonstance que le service de la scolarité a attesté de son assiduité durant les années 2020-2021 et 2022-2023 et qu'elle a obtenu de bons résultats à l'issue de l'année universitaire 2020-2021 au terme de laquelle elle a validé sa première année de licence ne suffit pas à démontrer une réelle progression dans ses études depuis son arrivée en France. Par suite, le préfet de la Somme a pu estimer sans commettre d'erreur d'appréciation que Mme B ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études. Un tel moyen doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. Mme B, célibataire et sans charge de famille, fait état de sa présence en France depuis le mois de septembre 2019, soit plus de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, et de sa maîtrise de la langue française et du suivi de ses études. Toutefois, et alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que l'intéressée ne justifie pas du caractère sérieux et réel de ses études, les circonstances qu'elle invoque sont insuffisantes pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ce alors que l'intéressée n'établit ni même n'allègue être dépourvue de tout lien à Madagascar, qu'elle a quitté à l'âge de dix-neuf ans afin de poursuivre des études. Par suite, le préfet de la Somme n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent. Ce moyen, qui, au demeurant, n'est opérant qu'à l'encontre de la mesure d'éloignement au regard de la nature du titre de séjour dont la délivrance a été refusée, doit, dès lors, être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C A B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- Mme Parisi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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