vendredi 6 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400400 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er février 2024 et le 23 avril 2024, M. C A, représenté par Me Homehr, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et, de lui délivrer sans délai un récépissé l'autorisant à travailler et une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de délivrer un titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée alors qu'il pouvait faire usage de son pouvoir de régularisation
- elle méconnaît les stipulations de l'article 11 de la convention franco-centrafricaine signée le 26 septembre 1994 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu des difficultés qui ne lui étaient pas imputables rencontrées pendant ses études et du caractère réel et sérieux de ces dernières ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision refusant de délivrer le titre de séjour qui en constitue le fondement ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le délai de départ volontaire qui lui a été octroyé est insuffisant au regard de sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-centrafricaine signée le 26 septembre 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Homehr représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant centrafricain né le 11 décembre 2001, est entré en France le 21 octobre 2020 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 2 janvier 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire en cette qualité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République centrafricaine ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.
Sur la décision refusant de délivrer un titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 31 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Somme a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait propres à la situation de M. A sur lesquelles il se fonde et notamment, s'agissant de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, les stipulations de l'article 9 de la convention franco-centrafricaine signée le 26 septembre 1994 ainsi que la description du cursus suivi par l'intéressé depuis son entrée en France et circonstance qu'il n'a validé aucune année d'études en 3 ans. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-centrafricaine signée le 26 septembre 1994 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en octobre 2020 pour y suivre des études à compter de la rentrée universitaire 2020-2021. Il n'a pas validé la première année de Brevet de Technicien Supérieur Comptabilité et Gestion pour laquelle il était inscrit au cours de l'année scolaire 2020-2021. Il s'est réorienté au cours de l'année scolaire 2021-2022 en première année de licence d'Économie et Gestion au sein de l'Université de Picardie Jules Verne, mais a été ajourné. Après avoir été déclaré défaillant au titre de l'année scolaire suivante, M. A est réinscrit à la date de l'arrêté attaqué en première année de licence d'Économie et Gestion et impute ses échecs à la dégradation marquée de son état psychologique, consécutif au décès de son père, de son frère ainsi que de sa belle-sœur. Toutefois, M. A n'apporte aucun justificatif probant de nature à étayer ses assertions s'agissant de la gravité des répercussions emportées sur ses conditions d'existence et sur son état psychologique par ces décès, qui, survenus entre le 28 octobre 2022 et le 25 novembre 2023 selon les actes d'état civil produits, ne sauraient davantage justifier l'absence de progression de son cursus à l'issue des années 2020-2021 et 2021-2022. Dans ces conditions, le préfet de la Somme, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A, qui ne justifie pas de la réalité et du sérieux des études poursuivies, n'a pas commis d'erreur dans l'application des stipulations rappelées au point précédent. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, M. A soutient que le préfet de la Somme s'est cru en situation de compétence liée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, sans rechercher s'il pouvait être admis au séjour sur un autre fondement que celui de l'article 9 de la convention franco-centrafricain dont il se prévalait, et ce en particulier au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Toutefois, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que l'autorité préfectorale, qui n'était pas tenu de rechercher, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, si M. A pouvait être admis au séjour sur un autre fondement que celui dont il l'avait saisi, se serait crue tenu, par le seul effet du rejet de la demande de l'intéressé, de refuser de l'admettre au séjour à un autre titre. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit dont la décision serait entachée à ce titre doit être écarté.
7. En cinquième lieu, dans le cas où le préfet se borne, comme en l'espèce, à rejeter la demande d'autorisation de séjour qui lui est présentée, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 11 de la convention franco-centrafricaine susvisée, qui prévoient, la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de 10 ans dans les cas prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquels ne figure pas la poursuite d'études recherchée par M. A, doit être écarté comme inopérant. Il en est de même des moyens tirés respectivement de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans rapport avec les conditions d'attribution du titre refusé qui ne dépend que du caractère réel et sérieux des études poursuivies.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que l'arrêté du préfet de la Somme, en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour, n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées par le requérant. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de cet arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.
9. En deuxième lieu, il est constant que M. A, entré en France en 2020 afin de suivre des études universitaires ainsi qu'il a été dit, est célibataire et sans enfants à charge. Il ne se prévaut d'aucune attache en France autre que son frère en situation régulière de séjour et ne justifie pas de l'isolement allégué dans son pays d'origine. Il ne justifie pas davantage d'une insertion particulière dans la société française, par le seul exercice d'une activité professionnelle à temps partiel depuis le mois de mars 2023 selon les bulletins de paye qu'il produit. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision d'éloignement en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
10. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 11 de la convention franco-centrafricaine susvisée : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des parties contractantes établis sur le territoire de l'autre partie peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans, dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil. Ce titre de séjour est renouvelable de plein droit. ". En se bornant à soutenir qu'il satisfait aux conditions de régularité de séjour et de présence ininterrompue prévues par ces stipulations, sans se prévaloir toutefois d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prescrivant la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de 10 ans qui serait applicable à sa situation, M. A ne met pas le tribunal à même d'apprécier le bien-fondé du moyen tiré de ce, étant en mesure de se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
12. Si M. A soutient que le délai de départ volontaire de trente jours est insuffisant au regard notamment du fait qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays de renvoi, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité un délai plus long et, en tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 9, ne justifie pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, le préfet de la Somme, après avoir visé les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que, d'ailleurs, l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a indiqué que M. A sera reconduit, en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, vers la République centrafricaine, pays dont il a la nationalité dès lors qu'il n'établit pas y être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Ces considérations permettent à M. A de comprendre, à la seule lecture de cet arrêté, les motifs de droit et de fait ayant présidé à la fixation du pays de destination pour son éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté du préfet de la Somme, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées par le requérant. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de cet arrêté en tant qu'il porte fixation du pays de renvoi, doit être écartée.
15. En troisième et dernier lieu, M. A, qui n'établit pas la réalité du risque d'être confronté à une situation de dénuement et de vulnérabilité en raison de son isolement dont il fait état en cas de retour dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant la République centrafricaine comme pays de renvoi est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête et des conclusions présentées au titre des frais non-compris dans les dépens de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Somme et à Me Homehr.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- M. B et Mme Parisi, conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
C. BINAND
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau ,
Signé
V. B
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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