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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400404

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400404

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHEMOUILLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 février 2024, M. B C, représenté par Me Chemouilli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " directive 2004/38/CE " dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué comporte une erreur matérielle relative aux conditions de sa notification qui porte atteinte à son droit au recours effectif ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 13, paragraphe 2 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 car n'étant que séparé de son épouse belge, il pouvait conserver son droit au séjour dont il bénéficiait depuis 2020 ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les faits de trouble à l'ordre public qui lui sont reprochés sont anciens et qu'il s'est vu délivrer des cartes de séjour en 2021 et 2022 après la commission des faits.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Galle, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique du 21 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 2 février 1991, a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L.233-1 et L.233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, sollicité un titre portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 26 janvier 2024, la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, M. C soutient que l'arrêté attaqué comporte une erreur matérielle relative aux conditions dans lesquelles il a été notifié. Toutefois, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que cette erreur matérielle, au demeurant non précisée, a porté atteinte à son droit au recours effectif doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". L'article L. 233-2 du même code dispose que : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". L'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assure la transposition en droit interne de l'article 13, paragraphe 2, de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004, prévoit que : " Les ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 233-2, admis au séjour en leur qualité de membre de famille, conservent leur droit au séjour dans les situations suivantes : () / 2° En cas de divorce ou d'annulation du mariage avec le ressortissant accompagné ou rejoint : / a) lorsque le mariage a duré au moins trois ans avant le début de la procédure judiciaire de divorce ou d'annulation, dont un an au moins en France () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le requérant s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité de membre de famille d'une ressortissante belge au motif qu'il est séparé de son épouse, qu'il avait reconnu avoir établi de faux documents à l'appui de sa demande de titre de séjour et que l'épouse de M. C est sans activité professionnelle et ne justifie pas, pour elle et pour les membres de sa famille, de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a épousé Mme A, ressortissante belge, le 12 décembre 2018 au Maroc. Si le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 13, paragraphe 2 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004, ce moyen est inopérant dès lors que cette disposition a été transposée en droit interne par les dispositions précitées de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, si l'intéressé fait valoir qu'il pouvait conserver son droit au séjour, tel que reconnu depuis 2020 par la délivrance de cartes de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante communautaire, dès lors que son mariage remonte au 11 décembre 2018 et qu'il n'avait pas divorcé de sa conjointe à la date de l'arrêté attaqué, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'épouse de M. C a demandé le divorce au Maroc à une date non précisée, et le requérant n'établit pas que cette demande de divorce était postérieure à l'expiration de la période de trois ans prévue par les dispositions précitées de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, il n'est pas contesté que l'épouse de M. C n'a pas d'activité professionnelle et ne justifie pas de ressources suffisantes pour elle et son mari, dont elle est au demeurant séparée de fait. Dans ces conditions, le requérant n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu les dispositions de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou celles des articles L. 233-1 et L. 233-2 du même code.

6. En dernier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que M. C a été condamné le 31 mai 2021 à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis et 30 000 euros d'amende pour des faits de transport, détention et importation de stupéfiants et de détention et transport de marchandise dangereuse pour la santé publique sans document justificatif. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, les faits précités, commis en 2019, ne sont pas anciens à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions et compte tenu du caractère grave et récent des infractions commises par le requérant, la préfète de l'Oise a pu légalement prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, pour un motif d'ordre public, en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

J. Richard

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Galle Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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