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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400458

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400458

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400458
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2401009 du 6 février 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens, en application de l'article R. 776-16 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 31 janvier 2024 présentée par M. A B.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal administratif d'Amiens les 8 et 13 février 2024 sous le n° 2400458, M. A B, représenté par Me Porcher, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder à une nouvelle instruction de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois délai à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun dirigé contre les arrêtés attaqués :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est marié à une ressortissante française ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il va devenir parent d'un enfant français ;

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;

-elle porte atteinte de manière disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant l'Algérie comme pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale compte tenu, par voie de conséquence, de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire du territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et est entaché d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il fait obstacle à ce qu'il puisse assister à l'accouchement de son épouse, se rendre à la maternité et être disponible pour aider de son épouse.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

-la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne satisfait pas aux exigences de l'article

R. 411-1 du code de justice administrative ;

-aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné,

- les observations de Me Porcher, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens .

- et les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue arabe.

La préfète de l'Oise n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 18 septembre 1988, déclare être entré sans visa sur le territoire français le 24 juillet 2022. Il a présenté le 26 décembre 2022 une demande de titre de séjour au titre de conjoint de français. Par un arrêté du 30 janvier 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du 2 février 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire () la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. "

3. M. B a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence par arrêté de la préfète de l'Oise en date du 2 février 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité de l'arrêté du 30 janvier 2024 obligeant l'intéressé à quitter le territoire français, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire. En revanche, il appartient à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du

30 janvier 2024 refusant de délivrer à M. B un titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant relatives à cette dernière décision, y compris les conclusions à fin d'injonction correspondantes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun dirigé contre les arrêtés attaqués :

4. Par un arrêté du 14 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français expose les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève, au titre des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, qu'il est entré irrégulièrement en France le 24 juillet 2022 et qu'il est sans profession et marié à une ressortissante française. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

7. M. B peut être regardé comme soutenant que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si la requête fait état de l'article L. 423-1 du code précité, ce texte n'est pas applicable à un ressortissant algérien dès lors que les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors, il ne remplit pas les conditions fixées par les stipulations de l'article 6-2) de l'accord franco-algérien précité pour la délivrance d'un certificat de résidence au titre de conjoint d'un ressortissant français. Ainsi, pour ce seul motif, la préfète de l'Oise pouvait légalement lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6-4) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () "

9. M. B peut être regardé comme soutenant que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour en méconnaissance des stipulations de l'article 6-4) de l'accord franco-algérien et des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il va devenir parent d'un enfant de nationalité française. Toutefois, M. B ne peut utilement se prévaloir de la qualité de parent d'enfant français à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité entachant le refus de titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code précité et des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

10. En quatrième et dernier lieu, M. B fait valoir qu'il vit en France depuis 2022, qu'il est marié avec une ressortissante française qui attend un enfant, et qu'il dispose d'un logement familial. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis son arrivée en 2022 et que le mariage du requérant avec une ressortissante française, qui n'a été contracté que quatorze mois avant la décision attaquée, présente un caractère récent. Enfin, M. B n'établit pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Dans ces conditions, et alors même que l'épouse de M. B est enceinte, la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de M. B.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, la décision refusant un délai de départ volontaire à M. B expose les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève, au titre des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B, qu'il est entré irrégulièrement en France le 24 juillet 2022 et ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : "Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8°L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ()".

13. Il ressort du procès-verbal d'audition du 30 janvier 2024 que M. B n'a pas présenté, à la date de la décision attaquée, des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise était fondée, sans commettre d'erreur de fait, à lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas opérant au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant refus d'un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant l'Algérie comme pays de destination :

15. En premier lieu, la décision fixant l'Algérie comme pays de destination expose les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. B se réclame de nationalité algérienne. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement et compte tenu que M. B est un ressortissant algérien, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

17. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

18. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside avec un ressortissante française, enceinte, avec laquelle il est marié depuis le 17 décembre 2022. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, M. B est fondé à soutenir que la décision contestée, qui a pour effet de lui interdire pendant un an de revenir sur le territoire français pour rendre visite à son épouse, dont l'accouchement par césarienne de leur enfant est programmé le 4 mars 2024, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :

19. Il ressort des termes même de l'arrêté attaqué du 2 février 2024 que la préfète de l'Oise a assigné M. B à résidence à son domicile à Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours, l'a obligé à y demeurer de 5h30 à 7h30, lui a fait obligation de se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Beauvais et lui a interdit de sortir du département de l'Oise sans autorisation. M. B soutient que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale et est entaché d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il fait obstacle à ce qu'il puisse assister à l'accouchement de son épouse, se rendre à la maternité ou encore à ce qu'il soit disponible pour aider son épouse. Toutefois, M. B n'établit pas que la césarienne que doit subir son épouse le 4 mars 2024 au centre hospitalier de Beauvais aura lieu pendant les deux heures au cours desquelles l'arrêté l'oblige à rester à son domicile. Les modalités d'exécution de l'arrêté d'assignation ne font pas obstacle à ce qu'il puisse se rendre à la maternité à Beauvais ni à ce qu'il aide son épouse. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise, en assignant à résidence M. B, n'a ni porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est fondé à demander que l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le surplus des conclusions à fin d'annulation doit être rejeté.

21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Les conclusions de M. B dirigées contre la décision lui refusant un titre de séjour, y compris les conclusions à fin d'injonction correspondantes, sont renvoyées devant une formation collégiale.

Article 2 : La décision du 30 janvier 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a interdit pour une durée d'un an à M. B le retour sur le territoire français est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Porcher et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

Le greffier,

Signé

J-F. LANGLOIS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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