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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400482

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400482

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVANNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 et 14 février 2024, M. A B, représenté par Me Vannier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'un défaut de base légale en raison d'un conflit de lois dans le temps ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

-la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne satisfait pas aux exigences de l'article

R. 411-1 du code de justice administrative ;

-aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné,

- les observations de Me Bingham substituant Me Vannier, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de M. B, assisté d'un interpète en langue turque.

La préfète de l'Oise n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc, né le 10 septembre 1995, a sollicité le 22 décembre 2020 la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 28 juillet 2022, la préfète des Landes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Turquie comme pays à destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté du 8 février 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

4. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté expose les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions des articles L. 731-1, L. 732-3, L. 733-1 et L. 733-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève que M. B a fait l'objet, le 28 juillet 2022, d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré et qu'il a été interpellé dans le département de l'Oise sans pouvoir justifier de l'adresse à laquelle il prétend résider. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.

6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

8. Il ressort des termes du 1° de l'article L. 731-1 du code précité sur lequel s'est fondé l'arrêté attaqué que l'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant et pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées en vigueur à la date de l'arrêté attaqué que, par décision du 8 février 2024, la préfète de l'Oise a pu assigner à résidence M. B, qui avait fait l'objet, le 28 juillet 2022, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté serait dépourvu de base légale doit être écarté.

9. En cinquième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 8 février 2024, que M. B n'a pas justifié, à la date de l'arrêté attaqué, l'adresse à laquelle il prétend être hébergé. D'autre part, les dispositions des articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas à l'autorité administrative de préciser l'adresse d'assignation à résidence. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code précité.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué du 8 février 2024 que la préfète de l'Oise a assigné M. B à Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours, lui a fait obligation de se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Beauvais et lui a interdit de sortir du département de l'Oise sans autorisation. M. B, qui prétend être hébergé à Dreux, soutient qu'il ne peut honorer l'obligation d'assignation à Beauvais en raison de l'emploi qu'il occupe et dans le cadre duquel il doit prochainement se déplacer à Dijon. Toutefois, M. B n'est pas autorisé à travailler en France. Dans ces conditions et compte tenu de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et à laquelle il n'a pas déféré, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En septième et dernier lieu, si M. B soutient que la préfète de l'Oise n'était pas fondée à l'assigner à résidence en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement au regard des risques auxquels l'exposent un retour en Turquie, il n'apporte toutefois aucun élément démontrant qu'il encourrait personnellement et directement des risques de subir des traitements inhumains et dégradants dans son pays d'origine, de sorte que rien ne s'oppose à son retour en Turquie. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de perspective raisonnable d'éloignement doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 février 2024 doivent être rejetées, y compris celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Vannier et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

Le greffier,

Signé

J-F. LANGLOIS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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