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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400508

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400508

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en décidant de l'obliger à quitter le territoire français ;

- le préfet ne pouvait pas prendre de mesure d'éloignement à son encontre avant que la cour nationale du droit d'asile ait statué sur la demande de son fils mineur ;

- l'arrêté attaqué méconnait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné ;

- et les observations C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 2 février 1998, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 août 2023, et par la Cour nationale du droit d'asile le 5 décembre 2023. Par cette requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo ou tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche Télémofpra produite, que la demande de réexamen présentée pour le compte du fils mineur C, né le 8 mai 2023, ne sera pas examinée avant le 25 avril 2024, date à laquelle il a été convoqué à se présenter devant l'office de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, l'arrêté du 25 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, aura pour effet soit de séparer Mme B de son fils, en très bas âge dont elle a seule le charge, si elle retourne sans lui dans son pays d'origine, soit de compromettre le réexamen effectif de cette demande d'asile et la protection qu'il pourrait en retirer, dans le cas où elle serait accueillie, s'il accompagne sa mère dans ce pays dans le délai imparti. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de la Somme n'a pas attaché une considération primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant et a ainsi méconnu les stipulations rappelées au point 2.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, ainsi que, par voie de conséquence, la décision de fixation du pays de renvoi et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an qui l'accompagnent doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer la situation C et de lui délivrer sans délai un document provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que la requérante et son conseil demandent sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 janvier 2024 du préfet de la Somme est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de réexaminer la situation C et de lui délivre sans délai un document provisoire de séjour renouvelé jusqu'à l'aboutissement de ce réexamen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Somme et à Me Tourbier.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 30 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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