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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400519

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400519

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 février 2024, Mme B A, représentée par Me Msika, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été invitée à formuler ses observations concernant les décisions attaquées, en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 542-4 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision de la CNDA rejetant sa demande d'asile n'était pas définitive ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît le 1er paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus dans son pays d'origine ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnait les articles 7 et 8 de la directive n°2008/115/CE, qui n'ont pas été transposées par les autorités françaises et sont donc directement invocables, car aucun délai de départ volontaire ne lui a été proposé avant que ne soit édictée la décision de retour prévue à l'article 8 de la directive ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Galle, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées.

Mme A a présenté une note en délibéré le 5 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 27 octobre 1985 est entrée en France en le 19 janvier 2023 selon ses déclarations. Elle a formé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 16 juin 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 10 janvier 2024. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, l'arrêté vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 611-1, 4°, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que la demande d'asile de Mme A été rejetée par une décision de l'OFPRA en date du 16 juin 2023, qui a été confirmée par une décision de la CNDA en date du 10 janvier 2024. Il rappelle les éléments de la situation personnelle de l'intéressée et notamment la présence de son enfant née en 2009 dont la demande d'asile a également été rejetée, et l'absence d'attaches familiales stables sur le territoire français. L'arrêté attaqué précise enfin que Mme A sera reconduite à destination du pays dont elle a la nationalité soit la République démocratique du Congo ou de tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où elle est légalement admissible. Ainsi l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 14 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. En l'espèce, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que la décision attaquée fait suite à une demande d'asile de la requérante qui a donc nécessairement été mise en mesure de faire valoir ses observations orales et écrites au sujet de la mesure d'éloignement à laquelle elle s'exposait en cas de rejet de sa demande. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () ". L'article L. 542-4 du même code prévoit que : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage d'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1.". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L 542-1 et L 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 10 janvier 2024, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par Mme A contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile. Dès lors, en application des dispositions rappelées au point précédent, l'intéressée ne bénéficiait plus, au 31 janvier 2024, date de l'arrêté contesté, du droit de se maintenir sur le territoire français et pouvait faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, sauf à être autorisée à demeurer sur le territoire à un autre titre. Par suite, la préfète de l'Oise, a pu légalement, abroger l'attestation de demandeur d'asile délivrée le 14 décembre 2023 qui autorisait Mme A à séjourner en France jusqu'au 13 juin 2024 et, en l'absence non contestée de droit au séjour de cette dernière à un autre titre, lui faire obligation de quitter le territoire français par l'article 3 de ce même arrêté. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle tirait de cette attestation un droit au séjour faisant obstacle à son éloignement, ni que l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre serait illégale au motif que la décision de la cour nationale du droit d'asile n'était pas devenue définitive à la date de l'arrêté attaqué.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme A se prévaut de la présence en France de sa mère retraitée, qui dispose d'un titre de séjour de dix ans, ainsi que de la présence de son frère disposant d'un titre de séjour en cours de renouvellement. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A est entrée récemment en France en 2023, et que sa fille née en 2009, a également vu sa demande d'asile rejetée. Si Mme A soutient que sa fille est entrée en France " il y a plus de deux ans " et a été élevée en France par sa grand-mère, elle ne l'établit pas, et ne démontre pas en quoi, à supposer cette circonstance établie, l'enfant ne pourrait pas regagner son pays d'origine avec sa mère. La requérante ne justifie pas d'autres attaches familiales sur le territoire français et ne justifie pas en être dépourvue dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. La requérante ne justifie également pas d'une intégration ancienne, intense et stable dans la société française et ne démontre aucun obstacle sérieux à la poursuite de sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, accompagnée de sa fille mineure. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de Mme A doit également être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la requérante ne justifie d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la fille de la requérante ne pourrait poursuivre normalement sa scolarité en République démocratique du Congo. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations précitées.

12. Si la requérante soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus dans son pays d'origine, ce moyen est dépourvu de toute précision de nature à en apprécier le bien-fondé.

13. En dernier lieu, la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ayant été transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011, et l'arrêté contesté étant postérieur à l'entrée en vigueur de cette loi, Mme A ne peut pas utilement invoquer, à l'encontre d'une décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la méconnaissance des dispositions de cette directive. Au demeurant, l'arrêté attaqué a accordé à Mme A un délai de départ de volontaire de trente jours et ne lui a pas refusé un délai de départ volontaire. Le moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2024 de la préfète de l'Oise doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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