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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400523

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400523

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSALAMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2024, M. A B, représenté par

Me Salama, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024, par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen, dès lors qu'il ne fait pas état d'éléments importants de sa situation familiale, ni de ses projets professionnels ;

- il méconnait son droit à être entendu garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision lui refusant le droit au séjour méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, compte tenu de sa situation maritale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors que le refus de titre de séjour est illégal ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mars 2024, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les observations de Me Salama, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 30 janvier 1995, déclare être entré en France le 18 septembre 2021, dépourvu de visa. Il a présenté, le 24 septembre 2023, une demande de certificat de résidence, sur le fondement du 2°) de l'article 6 de l'accord franco algérien du

27 décembre 1968. Par un arrêté du 15 janvier 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, le refus de certificat de résidence qui a été opposé à M. B vise les stipulations internationales, ainsi que dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment le 2°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et précise les éléments de la situation familiale que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en visant l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant, outre la nationalité de l'intéressé, que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. B n'ait été dument prise en compte, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'arrêté attaqué ne précise pas l'exhaustivité de sa situation familiale, ni les projets professionnels qu'il allègue envisager. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B a enregistré, le 24 septembre 2023, une demande de certificat de résidence au titre de sa vie privée et familiale et en tant que conjoint de français sur le portail numérique pour les étrangers en France et, d'autre part, qu'il a été invité à se présenter auprès des services de la préfecture de l'Aisne, le 22 novembre 2023, afin de finaliser sa demande. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien complémentaire auprès des services préfectoraux, ni avoir été empêché de présenter des observations ou des documents avant que ne soit pris l'arrêté contesté, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'édiction de cet acte doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Il est constant que, d'après ses déclarations, M. B est entré irrégulièrement sur le territoire français le 18 septembre 2021, de sorte qu'il ne remplissait pas les conditions instaurées par le 2) de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968, sur le fondement duquel il avait demandé un certificat de résidence. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé, qui n'a pas d'enfant, est marié à une ressortissante française depuis le 17 décembre 2022, sans toutefois que l'antériorité alléguée de leur relation maritale depuis plusieurs années ne soit établie. En outre, s'il se prévaut d'une récente promesse d'embauche en qualité d'agent de sécurité, M. B ne démontre pas exercer une activité professionnelle. Enfin, s'il soutient ne plus avoir de lien avec sa famille restée en Algérie, ce qu'il ne démontre au demeurant pas, il ne conteste pas ne pas être dépourvu de toute autre attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions,

M. B n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'arrêté attaqué, ni qu'elle aurait méconnu les stipulations précitées.

8. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des éléments de la situation de M. B exposés au point précédent que le préfet ait entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ou en s'abstenant de faire usage de son pouvoir général de régularisation.

9. En sixième lieu, M. B, qui n'a pas démontré l'illégalité du refus de lui délivrer un certificat de résidence, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception. En conséquence, il n'est pas davantage fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui des conclusions qu'il présente à fin d'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours.

10. En dernier lieu, alors qu'il ne conteste pas ne pas être dans l'impossibilité de retourner en Algérie pour solliciter un visa en qualité de conjoint de français, M. B, qui, au surplus, n'a pas formulé de demande en ce sens, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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