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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400546

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400546

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantANWAR AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 février 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête de M. B A.

Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lille le 5 février 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 3 avril 2024, M. B A, représenté par Me Anwar, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui accorder un rendez-vous pour lui permettre de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle ;

- il ne pouvait faire l'objet d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il n'avait jamais fait l'objet auparavant d'une obligation de quitter le territoire français.

- la décision d'interdiction de retour méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui a produit des pièces enregistrées le 6 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme. Galle, magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 9 août 1993, est entré sur le territoire français en juillet 2023 muni d'un visa de court de séjour, et s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans solliciter de titre de séjour. Le 2 février 2024, M. A a été interpellé par les services de police à l'occasion d'un contrôle d'identité. Par un arrêté du 3 février 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à sa frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'est présent en France que depuis le mois de juillet 2023, et n'a jamais sollicité de titre de séjour. S'il se prévaut notamment de la présence en France de membres de sa famille, dont un frère titulaire d'un titre de séjour, un autre frère de nationalité française, et un grand-père également de nationalité française, le requérant n'a rejoint les membres de sa famille que très récemment, et il ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle ancienne en France. En outre, il dispose de l'ensemble de ses autres attaches familiales dans son pays d'origine où vit notamment sa mère. Dans ces conditions, et alors que M. A ne fait état d'aucun élément sérieux de nature à faire obstacle à ce qu'il retourne dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.

4. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et familiale.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

6. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Nord a pris en compte la durée de séjour en France de l'intéressé, les attaches familiales dont il dispose en France, et la circonstance que celles-ci n'apparaissent ni intenses, ni stables. La circonstance que M. A n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement antérieurement est sans incidence sur la légalité de cette décision, et compte tenu des éléments exposés au point 3, cette décision ne méconnait pas l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F Langlois

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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