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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400582

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400582

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400582
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d’Amiens a rejeté la requête de Mme A, ressortissante nigériane, qui contestait l’arrêté préfectoral du 24 janvier 2024 lui refusant l’admission au séjour au titre de l’asile, l’obligeant à quitter le territoire français et fixant le Nigéria comme pays de destination. Le tribunal a estimé que l’état de santé de la requérante n’était pas établi par les pièces du dossier et que les risques de persécutions ou d’absence de soins en cas de retour n’étaient pas démontrés. Il a ainsi écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, Mme C A représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigéria comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son avocat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite un traitement médical dont elle ne pourra pas bénéficier dans son pays d'origine et dont le défaut est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle ne pourra bénéficier de soins dans son pays d'origine et qu'elle craint d'y subir des persécutions ou des atteintes graves ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.

La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Thérain pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, vice-président,

- et les observations de Me Pereira, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante nigériane née le 3 juin 1987, déclare être entrée sur le territoire français le 6 avril 2023. Elle a déposé une demande d'asile le 19 mai 2023, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 21 juillet 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 21 décembre 2023. Par un arrêté du 24 janvier 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigéria comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, si Mme A affirme qu'elle souffre d'une pathologie grave et chronique et que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont elle ne pourra pas bénéficier dans son pays d'origine et dont le défaut est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, aucune de ces circonstances ne ressort des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de de ce que le préfet aurait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à supposer même qu'il fût saisi d'une telle demande ou se serait prononcé sur ce point aux termes de son arrêté, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

4. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'état de santé de la requérante nécessite des soins médicaux dont elle pourrait être privée en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, Mme A, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée, n'apporte aucune pièce de nature à démontrer la réalité des risques qu'elle soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué ne méconnait pas les stipulations précitées. Pour les mêmes raisons, il n'est pas entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction et ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement des article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

Le vice-président désigné,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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