lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2400620 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, Mme B C, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que les circonstances particulières de ses études l'exonèrent de la condition de détention d'un visa long séjour comme le prévoit le deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 3 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences emportées sur sa situation personnelle, alors en outre, que sa situation justifiait que le préfet lui délivre le titre de séjour sollicité en faisant usage de son pouvoir de régularisation.
La requête a été communiquée au préfet de la Somme qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2024.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binand, président ;
- et les observations de Me Homehr représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante tunisienne née le 17 mars 1994, est entrée en France le 2 juin 2022 munie d'un visa de court séjour valable du 24 mai 2022 au 19 novembre 2022. Par un arrêté du 15 janvier 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Tunisie ou tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 janvier 2024, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme, le préfet de ce département a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni d'avantage des motifs de l'arrêté litigieux, qui présentent un caractère suffisamment détaillé, que celui-ci serait entaché d'un défaut d'examen préalable de la situation personnelle de Mme C. Il s'ensuit que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".
5. Pour refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de la Somme s'est fondé sur l'absence de détention, non contestée par l'intéressée, d'un visa de long séjour. Si la requérante, après avoir suivi en Tunisie, où réside sa famille, des études supérieures qui l'ont conduite en dernier lieu à préparer un doctorat en physique à partir de l'année 2020, est inscrite en France en deuxième année de Master " Science et génie des matériaux - physique et ingénierie des nanomatériaux " au titre de l'année 2023-2024, elle n'établit pas, en se bornant à soutenir, sans apporter d'éléments suffisamment circonstanciés au soutien de ces assertions, qu'elle sera mariée sans son consentement et empêchée de terminer ses études dans son pays d'origine, d'une nécessité tenant à la poursuite de son cursus en France sans satisfaire à la condition de détention d'un visa de long séjour, quand bien même elle est entrée régulièrement sur le territoire national. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées, ni davantage commettre une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, que le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ".
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en juin 2022 munie d'un visa de court séjour valable 6 mois. Elle est célibataire et sans enfant et ne démontre pas avoir noué de liens suffisamment stables, anciens et intenses au cours de ses années de présence en France. En outre, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, elle n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine ou d'y retourner temporairement afin de solliciter auprès du consulat français un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Par ailleurs, Mme C n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses parents ainsi que ses frères et sœurs. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ni davantage qu'il emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation. Par suite, les moyens tirés respectivement de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation dont l'arrêté serait entaché à ce titre doivent être écartés.
7. En cinquième et dernier lieu, si Mme C se prévaut de craintes pour sa vie privée ou sa " liberté de conscience " en cas de retour dans son pays d'origine du fait de risques de persécutions par son futur époux ainsi que sa famille, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations en se bornant à produire divers articles de presse faisant état des violences faites aux femmes en Tunisie et dans les pays du Grand Maghreb, alors d'ailleurs qu'il est constant qu'elle n'a jamais sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et qu'elle a pu poursuivre durant plusieurs années, ainsi qu'il a été dit, un cursus universitaire couronné de succès dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des frais de l'instance non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de la Somme et à Me Homehr.
Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi, conseillère,
- M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
C. BINAND
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
J. PARISI
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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